Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 25, 1838.djvu/93

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d’agir avec un degré de témérité dont vous auriez toute votre vie à vous repentir, sans jamais pouvoir expier votre faute. — N’ajoutez plus un mot, ménestrel, dit le gouverneur. Puisque j’ai pris mon parti, peut-être celui qu’il m’est le plus dangereux de prendre, essayons de la vertu de ce charme qui, dites-vous, doit me protéger, de même que l’huile jetée sur les flots courroucés peut, au dire des matelots, en calmer la fureur. »


CHAPITRE IX.

LE FOSSOYEUR.


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Gare ! gare du moine noir ! Il conserve encore sa puissance, car il est encore de droit héritier de l’église, quoi que puisse dire la chanson. Amundeville est seigneur le jour ; mais le moine est seigneur la nuit, et ni vin ni bombance ne sauraient porter un vassal à contester les droits du moine.
Lord Byron. Don Juan, chant xvii.


Le ménestrel ne s’était pas vanté à tort du talent avec lequel il maniait la plume. En effet, aucun moine du temps n’aurait plus promptement expédié, plus proprement tourné, ni plus joliment écrit le peu de lignes qu’il adressa au jeune Augustin, fils de Bertram le ménestrel.

« Je n’ai ni plié, dit-il, ni attaché cette lettre avec un fil de soie ; car elle n’est pas conçue en termes qui puissent vous expliquer le mystère dont il s’agit, et, à vous parler franchement, je ne crois pas qu’elle puisse rien vous apprendre. Mais il peut vous être agréable de voir ce que la lettre ne contient pas, et de reconnaître qu’elle est écrite par une personne et à une personne qui toutes deux sont bien intentionnées envers vous et votre garnison. — C’est, dit le gouverneur, une ruse qu’on emploie aisément. On peut néanmoins conclure, quoique d’une manière peu positive, que vous êtes disposé à agir de bonne foi ; et, jusqu’à ce que le contraire soit prouvé, je regarderai comme de mon devoir de vous traiter avec toute l’indulgence que comporte cette affaire. En attendant, je vais me rendre moi-même à l’abbaye de Sainte-Brigitte, et interroger en personne le jeune prisonnier ; et, comme vous dites qu’il en a le pouvoir, je prie le ciel qu’il puisse avoir aussi la volonté d’éclaircir cette énigme, qui semble nous jeter tous dans la confusion. »