Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 26, 1838.djvu/129

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et lui faisait respirer du vinaigre ; les femmes lui disaient : « Voisin Deans, c’est une cruelle épreuve, sans doute ; mais songez au rocher des âges ; voisin, songez à la promesse de l’Écriture. — J’y songe, voisine ; et je bénis Dieu d’y pouvoir songer au milieu du naufrage et de la ruine de ce qui m’est le plus cher ; mais être père d’une débauchée, d’une sanguinaire Zipporah, d’une homicide ! Oh ! comme les méchants triompheront dans leur méchanceté ! et les prélatistes, les latitudinairiens, dont les mains se sont endurcies à manier le sabre ! Ils nous mépriseront ; ils diront que nous sommes comme eux. Je suis cruellement affligé, voisine, pour cette proscrite, pour l’enfant de ma vieillesse ; mais je suis plus affecté encore, parce que ce sera une pierre d’achoppement, un sujet de scandale pour toutes les âmes honnêtes ! — Davie, l’argent n’y peut-il rien ? » dit le laird, montrant toujours sa bourse verte, qui était pleine de guinées.

« Je vous dis, Dumbiedikes, répondit Davie, que si tout ce que je possède eût pu la sauver de ce déshonneur, j’aurais tout abandonné, n’emportant que mon bonnet et mon bâton, pour aller demander l’aumône au nom de Dieu, et je me serais cru heureux ; mais s’il ne fallait qu’un dollar, que la vingtième partie d’un dollar pour la préserver de la honte et du châtiment, Davie Deans ne les donnerait jamais ! Non, non ; un œil pour un œil, une dent pour une dent, la vie pour la vie, le sang pour le sang, c’est la loi de l’homme, c’est la loi de Dieu. Laissez-moi, laissez-moi ! Pour lutter contre une telle épreuve je dois tomber à genoux, je dois prier dans la solitude. »

Jeanie, revenue peu à peu à elle, fit la même prière à ceux qui vinrent les visiter le lendemain : ils étaient encore dans une profonde affliction, mais Deans portait le poids de son malheur avec une affectation de courage inspirée par le sentiment de ses devoirs religieux, et Jeanie étouffait son chagrin pour ne pas éveiller celui de son père.

Telle était la situation de cette malheureuse famille dans la matinée qui suivit la mort de Porteous, époque à laquelle nous sommes arrivés.