Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 26, 1838.djvu/14

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avouer. En vérité, ce n’est pas sans motif qu’on a appelé cette génération une génération de peu de foi. Je le demande, en effet, que peut faire un homme pour assurer son droit de propriété sur un volume imprimé, sinon de placer son nom sur la première page, avec ses prénoms et qualités, comme disent les jurisconsultes, et l’indication de son domicile ? Je voudrais bien que ces sceptiques considérassent ce qu’ils souffriraient eux-mêmes en voyant leurs ouvrages imputés à d’autres, leurs noms et professions traités comme des impostures, leur existence même mise en question ; quoique peut-être il n’importe guère à personne, si ce n’est à eux-mêmes, non-seulement s’ils vivent ou s’ils sont morts, mais encore s’ils ont jamais vécu ou non. Mais là ne se sont pas arrêtées les malicieuses entreprises de mes ennemis.

Ces chicaneurs n’ont pas seulement révoqué en doute mon identité, quoique si bien établie ; ils ont encore élevé des soupçons sur ma véracité et sur l’authenticité de mes récits historiques. En vérité, je ne puis répondre qu’en rappelant le soin avec lequel j’ai cité mes autorités. Il est vrai que si je n’avais écouté que d’une seule oreille, j’aurais répété un conte qui aurait plu davantage à ceux qui n’aiment que la moitié de la vérité. Il se pourrait bien, sans vouloir par là faire tort à notre chère nation écossaise, que nous soyons portés à prendre un intérêt très-vif, partial même, en faveur des actions et des sentiments de nos ancêtres. Celui que ses adversaires représentent comme un parjure prélatiste, désire qu’on regarde ses prédécesseurs comme ayant usé avec modération de leur autorité, et avec justice de leurs privilèges, quand, au fait, la lecture impartiale des annales de ce temps-là prouvera qu’ils ont été violents, sanguinaires et tyranniques. D’un autre côté, les descendants des non conformistes persécutés veulent que leurs aïeux, les Caméroniens, soient dépeints comme des enthousiastes honnêtes et sincères, opprimés pour leurs opinions religieuses, mais gens de bonne compagnie et guerriers intrépides. En vérité, l’historien ne peut tenir compte de ces prédilections. Il doit faire voir les cavaliers[1] arrogants, intrépides, cruels, sans remords, vindicatifs ; les Presbytériens, il doit les montrer attachés avec une glorieuse opiniâtreté à leur foi pendant la persécution, mais d’un caractère sombre, austère et rude, dire que leurs opinions étaient absurdes et extravagantes, et leur conduite, d’un bout à l’autre, celle de gens qu’on aurait

  1. Désignation des royalistes. a. m.