Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 26, 1838.djvu/151

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et quoique mistress Saddletree soit leur arrière-cousine, et qu’elle leur veuille beaucoup de bien, elle ne peut répondre singuli in solidum pour les frais d’une affaire aussi dispendieuse. Si chaque ami voulait porter une part du fardeau, on pourrait faire quelque chose… chacun répondrait pour soi… Je ne pourrais voir se terminer cette affaire sans plaidoiries… ce ne serait pas raisonnable, quoi que puisse dire ce whig enragé. — Je… je… » dit Dumbiedikes prenant du courage… « je répondrai pour vingt livres sterling. » Puis il se tut, étonné de se trouver capable d’une résolution aussi contraire à ses habitudes, et d’une aussi grande générosité.

« Dieu vous récompense, digne laird ! » dit Jeanie dans un transport de reconnaissance.

« Vous pouvez même compter sur trente, » dit Dumbiedikes, n’osant la regarder, et jetant les yeux vers Saddletree.

« Cela fera bien, » dit Saddletree en se frottant les mains ; « et j’emploierai toutes mes connaissances et toute mon habileté à user de cet argent le plus utilement possible… Je sais comment engager les avocats à se contenter de faibles honoraires… Il faut leur dire qu’on a deux ou trois procès très-importants à faire plaider, et ils se chargeront du premier à bon marché pour gagner la pratique. Fiez-vous à moi pour trouver un avocat… Il ne sera pas mal de leur donner le moins possible de notre argent… Après tout, ce n’est que le souffle de leurs bouches, cela ne leur coûte rien, tandis que dans mon malheureux métier de sellier-harnacheur, nous donnons des sommes énormes pour acheter des cuirs. — Ne puis-je être d’aucune utilité ? dit Butler. Hélas ! je ne possède que l’habit que je porte ; mais je suis jeune… je dois beaucoup à cette famille… Ne puis-je faire quelque chose ? — Vous pouvez nous aider à chercher des témoins, dit Saddletree ; si nous en trouvions un seul qui pût témoigner qu’elle lui a dit le moindre mot de sa grossesse, elle serait tirée d’affaire ; M. Crossmyloof me l’a assuré. Les avocats du roi ne peuvent être forcés de fournir une preuve positive… Est-ce positive ou négative qu’il m’a dit ?… c’était l’un ou l’autre, j’en suis sûr, mais cela est de peu d’importance. Ainsi le défendeur doit prouver les faits sur lesquels il appuie sa défense. Cela ne peut pas se faire autrement. — Mais le fait, monsieur, dit Butler, le fait que la pauvre fille a mis au monde un enfant, sûrement c’est au ministère public à le prouver ? »

Saddletree garda un moment le silence, tandis que le visage de