Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 26, 1838.djvu/233

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la honte et un vif chagrin ; mais jamais nous n’eussions passé par cette terrible épreuve. — Et quel bien cela aurait-il fait ? répondit la prisonnière. Non, non, Jeanie, tout fut fini le jour que j’oubliai les promesses que j’avais faites en pliant les pages de ma bible. Voyez, » dit-elle en lui montrant un volume des saintes Écritures, « voyez, le livre s’ouvre de lui-même en cet endroit ! Oh ! Jeanie, quelles paroles redoutables ! »

Jeanie prit la bible de sa sœur, et trouva que la marque fatale était faite à ce passage du livre de Job : Il m’a dépouillé de ma gloire ; il m’a enlevé la couronne qui ceignait ma tête ; il m’a détruit de tous côtés, et je suis perdu ; il m’a arraché mon espoir comme l’arbre qu’on déracine.

« Ne sont-ce pas là des paroles trop vraies ? dit la prisonnière : ma gloire, ma couronne ne me sont-elles pas enlevées ? et ne suis-je pas un pauvre arbre flétri et abâtardi, arraché par les racines et jeté sur la voie publique pour être foulé aux pieds par les hommes et les animaux ? Je pense à cette aubépine toute couverte de fleurs que mon père a arrachée dans notre cour au mois de mai dernier, et qui y est restée jusqu’à ce que les vaches l’aient mise en pièces avec leurs pieds : hélas ! je ne me doutais guère, quand j’avais pitié du pauvre arbrisseau et de ses fleurs, qu’un jour j’aurais moi-même le même sort. — Oh ! si vous aviez dit un mot ! répéta Jeanie en sanglotant ; si j’avais la liberté de jurer que vous m’avez dit un mot de votre état, aujourd’hui on ne pourrait toucher à votre vie. — Vraiment ? » dit Effie chez qui ces paroles semblèrent exciter un mouvement d’intérêt, car la vie est chère à ceux même à qui elle pèse souvent comme un fardeau ; « qui vous a dit cela, Jeanie ? — C’est quelqu’un qui savait bien ce qu’il disait, » répondit Jeanie qui éprouvait une répugnance naturelle à prononcer le nom du séducteur de sa sœur.

« Qui est-ce ? Je vous en conjure, dites-le-moi, reprit Effie en se relevant ; qui a pu s’intéresser au sort d’une pauvre malheureuse comme moi ? est-ce… est-ce lui ? — Eh bien donc ! dit Ratcliffe, pourquoi tenir cette pauvre fille en suspens ? Je gagerais, moi, que c’est Robertson qui vous a appris cela quand vous l’avez rencontré à la butte de Muschat. — Est-ce lui ? » dit Effie saisissant avidement ces paroles ; « est il bien vrai que ce soit lui, Jeanie ? Oh ! oui, c’est lui, je le vois. Pauvre garçon ! et moi qui l’accusais d’avoir un cœur de pierre, tandis qu’il s’exposait pour moi à un tel danger. Pauvre George ! »