Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 26, 1838.djvu/262

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cat ; « mais rappelez-vous que si vous vous laissez entraîner à dire au-delà de la pure vérité, vous en répondrez devant le tribunal des hommes et devant celui de Dieu. »

On lui fit alors les questions ordinaires : si personne ne lui avait dicté la déclaration qu’elle allait faire ; si personne ne lui avait promis ou donné d’avance de récompense d’aucun genre pour ce qu’elle allait dire ; si elle ne portait ni haine ni ressentiment à l’avocat de Sa Majesté, contre lequel elle était citée comme témoin. Jeanie répondit tranquillement à toutes ces questions par une simple négation, mais elles scandalisèrent beaucoup son vieux père, qui ne savait pas que l’usage était de les faire à tous les témoins.

« Non, non, » s’écria-t-il assez haut pour être entendu, « mon enfant n’est pas comme la veuve de Tekoah : personne n’a mis dans sa bouche les paroles qu’elle va prononcer. »

Un juge qui connaissait mieux sans doute les Pandectes que le livre de Samuel, se préparait à faire quelque question sur cette veuve de Tekoah, qui, de la manière dont il l’entendait, avait été gagnée pour faire une fausse déclaration ; mais le juge-président, plus versé dans la connaissance des saintes Écritures, donna tout bas à son confrère l’explication nécessaire, et le moment de délai qu’occasionna cette méprise donna le temps à Jeanie Deans de recueillir toute sa fermeté pour la tâche pénible qu’elle avait à remplir.

Fairbrother, qui avait une grande intelligence et l’habitude du barreau, vit qu’il était nécessaire de laisser à Jeanie le temps de se remettre. Il soupçonnait intérieurement qu’elle allait rendre un faux témoignage en faveur de sa sœur.

« Mais, après tout, c’est son affaire, se disait-il, et la mienne est de lui laisser le temps nécessaire pour reprendre du calme et faire sa déposition, fausse ou vraie : valeat quantum. »

En conséquence, il commença son interrogatoire par des questions insignifiantes, et qui permettaient une réponse immédiate.

Demande. « Vous êtes, je crois, la sœur de l’accusée ?

Réponse. — Oui, monsieur. D. — Non pas sœur de père et de mère, à ce qu’il me semble ? R. — Non, monsieur ; nous sommes de différentes mères. D. — C’est vrai… ; et vous êtes, je crois, plus âgée de quelques années ? R. — Oui, monsieur. »

Après que l’avocat, par ces questions préliminaires et sans importance, crut avoir familiarisé le témoin avec la situation dans