Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 26, 1838.djvu/27

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


dire, » ajoutai-je avec la défiance et la timidité d’un homme qui laisse échapper une plaisanterie devant des gens qui sont au-dessus de lui, « que le comté métropolitain a un triste cœur. — Juste comme un gant, monsieur Pattieson, continua M. Hardie ; et un cœur serré, et un cœur dur… Soutiens donc un peu cela, Jack. — Et un cœur méchant, un pauvre cœur, » répondit Halkit faisant de son mieux.

« On peut dire aussi un grand cœur, un cœur élevé, ajouta le jeune avocat ; vous voyez que je vous pique au cœur tous les deux. — J’ai joué tous mes cœurs, dit l’autre jeune homme. — Alors nous allons prendre d’autres cartes, répondit son ami ; et pour en revenir à la vieille prison qui est condamnée, quel dommage qu’on ne lui fasse pas le même honneur qu’on accorde à la plupart de ceux qui l’ont habitée ! Pourquoi n’aurait-elle pas ses « dernières paroles, confessions et prières des morts ? » Les vieilles pierres seraient aussi sensibles à cet honneur que beaucoup de pauvres diables qui étaient suspendus comme des glands de soie à l’extrémité occidentale de la prison, pendant que les colporteurs criaient la confession du condamné, qui n’en avait jamais entendu parler. — Je crains, dis-je, si j’ose exprimer mon opinion, que ce ne soit un récit monotone d’afflictions et de crimes. — Pas tout à fait, mon cher, dit Hardie ; l’intérieur d’une prison est un monde, qui a ses affaires, ses malheurs et ses plaisirs particuliers. Il arrive souvent que ceux qui l’habitent ne vivent pas long-temps ; en cela ils ressemblent aux soldats en campagne ; ils sont pauvres relativement au monde du dehors, mais il y a aussi des degrés de richesse et de pauvreté parmi eux, et quelques-uns sont riches relativement aux autres. Ils ne peuvent sortir, mais la garnison d’un fort assiégé, l’équipage d’un vaisseau en mer, ne le peuvent pas davantage ; ils sont même dans une situation moins pénible, puisqu’ils peuvent avoir autant d’aliments qu’ils ont d’argent pour en acheter, et que leur nourriture ne dépend pas de leur travail. — Mais quelle variété d’événements, dis-je (non pas sans songer à la tâche que je remplis maintenant), pourrait se trouver dans un pareil ouvrage ? — Une variété infinie, répondit l’avocat. Tout ce qu’on peut rencontrer de fautes, de crimes, de folies, d’infortunes inouïes, de revers imprévus dans la vie humaine, mes « dernières paroles de la prison » en offriraient des exemples capables de rassasier le public le plus affamé d’horrible et de merveilleux. Ceux qui composent des récits d’inven-