Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 26, 1838.djvu/270

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sais de plus qu’on l’a attribué à l’indulgence avec laquelle on a appliqué les lois. Je n’ai donc pas la plus légère espérance d’obtenir sa grâce. »

La cour demanda alors à M. Fairbrother s’il avait quelque chose à objecter qui pût empêcher le jugement d’être prononcé. L’avocat s’était occupé à examiner avec la plus scrupuleuse attention la déclaration du jury, comptant les lettres qui composaient les noms des jurés et pesant chaque phrase, chaque syllabe, en cherchant s’il n’y aurait pas moyen d’y trouver à redire. Mais le secrétaire entendait trop bien son affaire, la déclaration était dans toutes les formes, et Fairbrother déclara tristement qu’il n’avait rien à dire pour arrêter le jugement.

Le juge-président s’adressa alors à la malheureuse prisonnière : « Euphémie Deans, écoutez la sentence de la cour qui va être prononcée. »

Elle se leva de son siège, et avec beaucoup plus de calme qu’on n’en aurait attendu d’elle, d’après les divers incidents survenus dans la séance, elle attendit le dénoûment de cette scène redoutable. Lorsque nous souffrons, nos facultés morales ressemblent tellement à nos facultés physiques, que les premiers coups qui nous frappent avec violence sont ordinairement accompagnés d’une espèce d’engourdissement qui nous rend, pour ainsi dire, insensibles à ceux qui les suivent. Mandrin sur la roue en convenait, et telle est aussi l’opinion de ceux qui ont été frappés d’une suite de revers et de malheurs non interrompus.

« Jeune femme, dit le juge, c’est pour moi un devoir pénible de vous annoncer que votre vie vous est redemandée par une loi qui, bien qu’elle puisse paraître sévère sous quelques rapports, a pour but sage et nécessaire de montrer à celles qui se trouveraient dans votre malheureuse position, le danger auquel elles s’exposent en cherchant à cacher par une fausse honte et un orgueil mal entendu la faute qu’elles ont commise, et en ne s’occupant d’aucuns préparatifs pour assurer la vie du malheureux enfant qu’elles vont mettre au monde. Dérobant la connaissance de votre état à votre maîtresse, à votre sœur et à d’autres personnes de votre sexe, dignes de votre confiance, et dont votre conduite précédente vous avait mérité l’estime, vous avez donné lieu de croire que vous méditiez la mort de l’innocente créature dont la vie n’occupait pas toutes vos pensées. Qu’est devenu cet enfant ? est-ce à vous ou à quelque autre que