Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 26, 1838.djvu/321

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


l’hôte ne put lui en procurer. Après avoir attendu quelque temps dans l’espoir qu’une couple de chevaux qui étaient allés vers le sud reviendraient assez à temps pour qu’elle en profitât, elle se sentit honteuse de sa pusillanimité, et résolut de continuer son voyage à la manière accoutumée.

La route était droite et unie, lui assura l’hôte, à l’exception d’une haute montagne appelée Gunnersbury, à environ trois milles de Grantham. C’était là que Jeanie devait aller passer la nuit.

« Je suis bien aise d’apprendre qu’il y ait une montagne, dit Jeanie, car mes yeux et mes pieds même sont fatigués d’une si grande étendue de pays plat. Depuis York jusqu’ici on dirait que la route a été aplanie et nivelée, ce qui est bien insipide pour des yeux écossais. Lorsque je perdis de vue une grande montagne bleuâtre qu’on appelle Ingleborro, je sentis que j’étais sur une terre étrangère, où il ne me restait plus un ami. — Ma foi, la jeune fille, répondit l’hôte, si vous aimez tant les montagnes, je voudrais que vous pussiez emporter Gunnersbury dans votre tablier, car c’est la mort des chevaux de poste. Mais allons, à votre santé et à votre voyage, et puissiez-vous vous en bien tirer, car vous m’avez l’air d’une fille brave et résolue. » En parlant ainsi, il puisa d’une manière formidable dans un énorme pot d’étain plein d’une ale brassée chez lui, qui était sur la table.

« J’espère qu’il n’y a pas mauvaise compagnie sur la route, dit Jeanie. — Quand elle en sera libre, je la paverai de galettes ; cependant il n’y en a pas tant maintenant, et depuis qu’ils ont perdu Jim-the-Kat, ils sont tous dispersés, et ne tiennent pas plus ensemble que les hommes de Marsham quand ils perdirent leur chef. Buvez une goutte avant de partir, » ajouta-t-il en lui offrant le pot d’étain, « car ce soir vous n’aurez rien pour souper que du gruau et une pinte d’eau. »

Jeanie refusa poliment, et lui demanda quel était son lawing[1].

« Votre lawing ! que Dieu vous protège ! et que voulez-vous dire par là ? — C’est que je voudrais savoir ce que j’ai à vous payer. — À me payer ! Dieu vous soit en aide ! Rien, mon enfant, rien du tout. On n’a tiré pour vous qu’une demi-pinte de bière, et la Tète de-Sarrasin est bien en état de donner une bouchée à manger à une pauvre étrangère qui ne sait pas un mot de langue

chrétienne. Allons, encore une fois, à votre santé ; » et il puisa

  1. Mot écossais pour écot ; ce qui explique la réponse de l’hôte, qui ne l’entendit pas. a. m.