Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 26, 1838.djvu/360

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barras dans la paroisse voisine. — Dans l’embarras ! vous voulez dire en prison sans doute, monsieur Stubbs ? — Mais oui, quelque chose comme cela, n’en déplaise à Votre Révérence. — Misérable, incorrigible femme ! dit le recteur. Et quelle espèce de femme est sa compagne ? — Mais elle a l’air assez décent, Votre Révérence, dit Stubbs ; à ce que j’en ai pu voir, elle paraît fort paisible, et elle dit qu’elle a assez d’argent pour la transporter hors du comté. — De l’argent ! c’est toujours là à quoi vous pensez, Stubbs ; mais a-t-elle du sens, de la raison ? est-elle en état de se conduire elle-même ? — Mais, Votre Révérence, je ne puis trop vous dire. Je gagerais bien qu’elle n’est pas née à Witt-Ham[1], car Gaffer Gibbs l’a regardée tout le temps du service, et il dit qu’elle n’est pas capable de suivre le rituel comme une chrétienne, quoique Madge Murdockson l’ait aidée ; mais quant à se conduire par elle-même, Votre Révérence saura que c’est une Écossaise, et les gens de ce pays ont toujours assez d’esprit pour savoir se tirer d’affaire. Elle est décemment vêtue et point couverte de guenilles comme l’autre. — Eh bien, faites-la entrer, monsieur Stubbs, et vous-même restez en bas. »

Ce colloque avait tellement occupé l’attention de Jeanie que ce ne fut qu’après qu’il fut fini qu’elle s’aperçut que la porte vitrée, qui, comme nous l’avons dit, conduisait de l’antichambre au jardin, avait été ouverte. Elle vit entrer un jeune homme pâle et qui avait l’air malade, soutenu ou plutôt porté par deux domestiques qui le déposèrent sur un sofa, où il s’étendit comme pour se reposer d’une fatigue extraordinaire. Pendant ce temps, Stubbs sortit de la bibliothèque en disant à Jeanie d’y entrer ; elle lui obéit non sans trembler ; car, outre l’émotion d’une situation si nouvelle, elle sentait bien que l’heureuse continuation de son voyage allait dépendre de l’impression qu’elle ferait sur M. Staunton.

Il est vrai qu’il était difficile de concevoir sous quel prétexte une personne qui voyageait pour ses affaires et à ses frais pouvait être interrompue dans son voyage ; mais la détention violente qu’elle avait déjà subie suffisait pour lui prouver qu’il y avait non loin d’elle des gens qui avaient intérêt à l’arrêter, et assez d’audace pour employer la violence à cet effet, et elle sentait le besoin

d’une protection qui pût la mettre à l’abri de leur scélératesse.

  1. Expression proverbiale du pays, pour dire qu’une personne n’a pas beaucoup d’esprit. a. m.