Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 26, 1838.djvu/396

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Le duc, qui vit son embarras, lui dit avec son affabilité ordinaire : Ne vous embarrassez pas de ma Grâce, ma fille ; racontez votre histoire tout simplement, et montrez que vous avez dans la bouche une langue écossaise. — Monsieur, je vous suis bien obligée. Monsieur… je suis la sœur de cette infortunée Effie Deans, qui a été condamnée à mort à Édimbourg… — Ah ! dit le duc, je crois avoir entendu parler de cette malheureuse affaire ; il s’agit, à ce qu’il me semble, d’un infanticide, jugé par acte spécial du parlement ; Duncan Forbes en parlait l’autre jour à table. — Et je suis venue d’Édimbourg, monsieur, pour voir s’il n’y aurait pas moyen d’obtenir un sursis, ou un pardon, ou quelque chose de semblable… — Hélas ! ma pauvre fille, dit le duc, vous avez fait un long et triste voyage, selon toute apparence, inutilement… L’exécution de votre sœur est ordonnée… — Mais j’ai entendu dire que le roi peut lui faire grâce, si tel est son bon plaisir, dit Jeanie. — Certainement, dit le duc ; mais cela dépend tout à fait du roi… Ce crime n’a été que trop fréquent… Les avocats du roi en Écosse pensent qu’il doit y avoir un exemple… Ensuite les derniers désordres d’Édimbourg ont excité dans le gouvernement contre la nation en général, des préjugés tels, qu’il croit ne pouvoir gouverner que par des mesures de sévérité. Quel argument avez-vous, ma pauvre fille, excepté le zèle de votre affection de sœur, pour répondre à tout cela ?… Quel est votre crédit ? quels amis avez-vous à la cour ? — Aucun, excepté Dieu et Votre Grâce, » dit Jeanie qui ne se laissait pas encore décourager.

« Hélas ! reprit le duc, je pourrais presque dire avec le vieil Ormond qu’il n’y a personne qui ait en ce moment moins de crédit que moi auprès du roi et de ses ministres… C’est une chose cruelle dans notre situation, jeune fille, je veux dire dans la situation où je me trouve, que le public nous attribue souvent une influence que nous ne possédons pas, et qu’on attende de nous des services que nous n’avons pas les moyens de rendre. Mais au moins il est au pouvoir de tout le monde d’être franc et sincère, et je ne veux pas ajouter encore à votre malheur en vous laissant croire que vous avez dans mon crédit des ressources qui n’existent réellement pas… Je n’ai aucun moyen de détourner le coup qui attend votre sœur… Il faut qu’elle meure. — Il faut que nous mourions tous, monsieur : c’est le sort auquel nous sommes condamnés à cause du péché de notre premier père ; mais nous ne devrions pas nous chasser de ce monde les uns les autres ; c’est