Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 26, 1838.djvu/521

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six chevaux, mistress Butler se mit à délibérer de nouveau avec elle-même, pour savoir si elle montrerait ou non à son mari la lettre de sa sœur. Elle se décida enfin à remplir le vœu de sa sœur, en songeant qu’elle ne pouvait agir autrement sans révéler à son mari un secret dont il n’était pas convenable qu’il fût dépositaire, vu son caractère public. Butler avait déjà lieu de croire qu’Effie s’était enfuie avec ce même Robertson qui avait été le chef de l’insurrection Porteous, et contre lequel il y avait une sentence de mort pour le vol commis à Kirkaldy. Mais il ne connaissait pas son identité avec George Staunton, né d’une famille noble et riche, et qui paraissait avoir repris son rang primitif dans la société. Jeanie avait regardé comme sacrés les aveux que Staunton lui avait faits, et en y réfléchissant mûrement elle pensa que la lettre d’Effie pouvait l’être également, et elle résolut de ne la communiquer à personne.

En relisant cette lettre elle ne put s’empêcher de réfléchir sur la situation pénible et dangereuse de ceux qui s’étant élevés à un rang distingué par des sentiers obliques, ne peuvent s’y maintenir et conserver les précaires avantages qu’ils ont acquis qu’en s’entourant de faussetés et de mensonges. Mais elle ne croyait pas que sa conscience l’obligeât à dévoiler l’histoire de sa sœur. En agissant ainsi elle ne servirait les droits de personne, puisque Effie, quoique se donnant pour ce qu’elle n’était pas, n’usurpait point la place d’une autre. Elle ne réussirait donc qu’à détruire son bonheur et à la perdre dans l’estime publique. Jeanie pensait que si elle eût été sage, elle aurait préféré l’obscurité et la retraite à une vie de dissipation dans le tumulte du monde ; mais peut-être n’avait-elle pas la liberté du choix. Quant à l’argent, elle pensa qu’elle ne pouvait le lui rendre sans montrer une fierté mal placée, ou peu d’amitié. Elle résolut donc de l’employer suivant les circonstances, soit à donner à ses enfants une éducation plus soignée que ses moyens ne le lui permettaient, soit à en augmenter un jour leur petit avoir. Sa sœur en avait plus qu’il ne lui fallait, et la reconnaissance lui faisait un devoir d’être utile à Jeanie par tous les moyens qui étaient en son pouvoir. Cet arrangement était donc si naturel et si convenable de sa part, qu’une délicatesse exagérée et romanesque ne devait pas la porter à s’y refuser. En conséquence de toutes ces réflexions, Jeanie écrivit à sa sœur, lui accusa réception de sa lettre, et la pria de lui donner de ses nouvelles le plus souvent possible. En l’infor-