Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 26, 1838.djvu/554

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À la table de ce seigneur, sir George Staunton se trouva un jour placé à côté d’un ecclésiastique respectable, dont les manières, quoique fort simples annonçaient une bonne éducation, et qu’il apprit s’appeler Butler. Il n’entrait pas dans les projets de sir George de mettre son beau-frère dans sa confidence, et il avait été fort satisfait des assurances que lui avait données son épouse, que mistress Butler, qui était la candeur et la vérité mêmes, n’avait jamais révélé à personne, pas même à son mari, aucune circonstance du récit qu’il lui avait fait à Willingham. Mais il ne fut pas fâché, dans ce moment, d’avoir l’occasion de causer avec un si proche parent sans être connu de lui, et de pouvoir ainsi juger de son caractère et de son esprit. Tout ce qu’il vit et tout ce qu’il entendit contribua à lui donner de Butler la plus haute opinion ; il remarqua qu’il était généralement respecté des personnes de sa profession, aussi bien que des laïques qui siégeaient dans l’assemblée. Il y avait fait plusieurs discours, remarquables par le talent, la droiture et la lucidité qui y régnaient, et il était suivi et admiré comme un prédicateur distingué autant par sa doctrine que par son éloquence.

Tout cela était fort satisfaisant pour l’amour-propre de sir George Staunton, qui s’était révolté à l’idée de voir la sœur de sa femme mariée d’une manière obscure. Il commença alors à regarder au contraire cette alliance comme tellement supérieure à tout ce qu’il avait imaginé, que, dans le cas où, retrouvant son fils, il serait obligé de le reconnaître, il pensa qu’il n’y aurait aucun inconvénient à dire dans le monde que la sœur de lady Staunton, dans l’état de décadence où s’était trouvée sa famille, avait épousé un ministre écossais qui jouissait d’une haute estime parmi ses compatriotes, et l’un des chefs de l’Église.

Ce fut dans ces sentiments que, lorsque la compagnie rassemblée chez le lord commissaire se sépara, sir George Staunton, sous prétexte de continuer une conversation qu’il avait entamée avec Butler sur la constitution de l’Église d’Écosse, invita ce dernier à l’accompagner chez lui dans Lawn-Market, afin d’y prendre ensemble le café. Butler y consentit, à condition que sir George lui permettrait, en passant, d’entrer chez une dame de ses amis, chez laquelle il logeait, pour s’excuser de ne pas prendre le thé avec elle. Ils suivirent donc la grande rue, entrèrent dans Lawn-Market, et passèrent devant le tronc qu’on y a placé pour rappeler à ceux qui jouissent de leur liberté la dé-