Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 26, 1838.djvu/59

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mettre avec tant de précipitation un point de fait ou un point de droit, » répondit Saddletree, qui eut l’air ou s’efforça du moins d’avoir l’air de comprendre cette distinction.

« Et le datif ? continua Butler. — Je sais ce que c’est qu’un tuteur datif, » répondit vivement Saddletree.

« Le datif, reprit le grammairien, est le cas qui indique qu’une chose est donnée ou appartient à une personne ou à une chose. Vous ne pouvez pas le contester, je pense. — Je ne vous accorderai jamais cela. — Que diable alors voulez-vous donc que soient le nominatif et le datif ? » dit brusquement Butler, étonné tout à la fois de l’énergie de son expression, et de la manière dont il l’avait prononcée.

« Je vous dirai cela à loisir, monsieur Butler, » répliqua Saddletree avec un air tout à fait capable ; » je prendrai un jour pour examiner chacune de vos concessions, et je vous dirai alors, d’une manière précise, si je vous en conteste la vérité ou si je vous la dénie. — Allons, allons, monsieur Saddletree, lui dit sa femme ; nous n’avons pas besoin de confessions ; laissez-les à ceux qui sont payés pour cela : cela ne nous va pas mieux qu’une selle à un bœuf. — Ah ! dit Butler, optat ephippia bos piger[1]. Rien de nouveau sous le soleil ; mais le mot de mistress Saddletree n’en est pas moins bon. — Et puisque vous prétendez connaître si bien les lois, monsieur Saddletree, continua sa femme, vous feriez bien mieux de voir s’il y aurait quelque chose à faire pour Effie Deans, la pauvre fille, qui est là en prison, exposée au froid, à la faim, sans secours… une jeune servante à nous, monsieur Butler, une fille innocente, selon moi, et si laborieuse ! Lorsque M. Saddletree sort (et vous savez qu’il est rarement à la maison quand il y a quelque tribunal ouvert), la pauvre Effie m’aidait à remuer les paquets de cuir tanné, à assortir les marchandises au goût de chacun. Et vraiment elle plaisait aux chalands par l’accueil qu’elle leur faisait ; elle était toujours polie, et il n’y avait pas une meilleure servante dans Édimbourg. Les gens étaient-ils emportés ou déraisonnables, elle les servait bien mieux que moi, qui ne suis plus si jeune que j’ai été, monsieur Butler, et qui lâche difficilement la main : car lorsque plusieurs personnes crient en même temps après moi, qui n’ai qu’une langue pour leur répondre, je suis obligée de leur parler un peu durement, ou je

  1. Optat arare caballus, ajoutons-nous pour compléter la citation. « Le bœuf au pas pesant demande une selle, le cheval veut tirer la charrue. » a. m.