Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 26, 1838.djvu/81

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


généreuse intercession l’exposait, « mes amis, qui vous a constitués ses juges ? — Nous ne sommes pas ses juges, répliqua la même voix, « il a été jugé et condamné par ses juges légitimes. Nous sommes ceux que le ciel et notre légitime colère ont suscités pour exécuter le jugement, lorsqu’un gouvernement corrompu se fait le protecteur d’un meurtrier. — Je ne le suis pas ! s’écria l’infortuné Porteous ; j’ai agi pour ma légitime défense, dans l’exercice légal de mes fonctions. — Finissez-en, s’écria-t-on de toute part. « Pourquoi perdre le temps à dresser une potence ? Cette poutre de teinturier est assez bonne pour l’homicide. »

Le sort du malheureux capitaine était irrévocable ; aucun remords n’arrêta ses bourreaux ; Butler, emporté loin de lui par la foule, échappa au spectacle de sa cruelle agonie. Échappant à ceux qui l’avaient jusque là retenu comme prisonnier, il s’enfuit de ce lieu fatal, sans s’inquiéter dans quelle direction il portait ses pas. Une bruyante acclamation lui apprit avec quelle joie féroce les ennemis de Porteous assouvissaient leur vengeance. Avant d’entrer dans la rue basse appelée Cowgate, Butler jeta derrière lui un regard d’effroi, et à la lueur rougeâtre et incertaine des torches, il distingua une figure qui se débattait et s’agitait comme suspendue au-dessus de la tête de la multitude : des forcenés la frappaient avec leurs haches de Lochaber et leurs piques. Cette vue redoubla son horreur et précipita sa fuite.

La rue que suivait Butler aboutit à l’une des portes occidentales de la ville. Arrivé à cette porte, il fut contraint de s’arrêter, car elle était encore fermée. Il attendit environ une heure, se promenant de long en large dans une agitation d’esprit inexprimable. Enfin, se décidant à appeler, il attira l’attention des gardiens, encore mal remis de leur épouvante, mais libres maintenant de reprendre l’exercice de leurs fonctions ; il les pria de lui ouvrir le guichet ; et comme ils hésitaient, il leur dit son nom et sa profession.

« C’est un prédicateur, répliqua l’un d’eux ; je l’ai entendu prêcher à Haddo. — Il a fait cette nuit un assez beau sermon, reprit l’autre ; mais moins on en parlera, mieux cela vaudra. »

Ouvrant donc le guichet, ils laissèrent passer Butler, qui se hâta de porter son horreur et son effroi loin des murs d’Édimbourg. Il eut d’abord la pensée de se rendre immédiatement chez lui ; mais d’autres craintes et d’autres inquiétudes, excitées par les nouvelles qu’il avait apprises dans cette remarquable journée,