Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 26, 1838.djvu/99

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



Le jour même où leur expulsion devait avoir lieu, tandis que tous leurs voisins s’empressaient de les plaindre, et pas un de les secourir, le ministre de la paroisse et un médecin d’Édimbourg furent priés de se rendre en toute hâte près du laird de Dumbiedikes. Ce fut pour l’un comme pour l’autre un grand sujet de surprise, car leurs professions servaient de texte ordinaire à ses plaisanteries, quand il avait vidé une bouteille, c’est-à-dire au moins une fois chaque jour. Le médecin de l’âme et celui du corps arrivèrent en même temps dans la cour étroite du vieux manoir, et après s’être regardés tous deux avec un égal étonnement, ils conclurent que Dumbiedikes devait être bien mal pour les avoir ainsi appelés en même temps. Avant qu’un domestique les eût introduits dans la chambre du laird, ils furent joints par un homme de loi, Michel Novit, qui s’intitulait procurateur devant la cour du shérif, car alors il n’y avait pas de solliciteurs. Ce dernier personnage entra d’abord dans la chambre du malade, ou bientôt après le ministre et le médecin furent invités à se rendre.

Dumbiedikes s’était fait transporter, en cette occasion, dans sa plus belle chambre à coucher, qui ne servait que pour les décès et les mariages, et qu’on appelait, vu sa première destination, la chambre de la mort. Outre le malade et M. Novit, ils y trouvèrent le fils et unique héritier du laird, grand niais de quatorze à quinze ans, et la femme de charge, âgée de quarante à cinquante ans, au visage couleur de buis, et qui, depuis la mort de lady Dumbiedikes, tenait les clefs et gouvernait la maison. Ce fut devant cet auditoire que le laird s’exprima à peu près dans les termes suivants, tandis que les choses temporelles et les choses spirituelles, le soin de sa santé et celui de sa fortune, se confondaient d’une manière bizarre dans sa tête, qui n’avait jamais été des plus saines :

« Voilà qui va mal pour moi, messieurs mes voisins ! presque aussi mal qu’en 1689, quand je fus poursuivi par les collégiens[1]. Ils se trompaient bien sur mon compte ; ils m’appelaient papiste, mais il n’y eut jamais de papisme dans mon individu, croyez-le bien, ministre… Jack, prenez exemple sur moi… c’est une dette qu’il faut que nous payions tous… et voici Michel Novit qui vous dira que je n’ai jamais manqué à en payer une. Monsieur Novit,

  1. Avant la révolution, les étudiants d’Édimbourg passaient pour être de violents anti-papistes. On les soupçonna d’avoir mis le feu à la maison du lord-maire, et ils suscitèrent plusieurs émeutes en 1688 et 1689. a. m.