Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 4, 1838.djvu/155

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Deane, qui occupait alors une étendue considérable, et qu’on a depuis presque abattue pour exploitation des mines. Les cavaliers se réunirent à la suite de lady Éveline ; leurs armures étincelaient aux rayons du soleil, les trompettes sonnaient, les chevaux hennissaient et caracolaient sous chaque cavalier qui cherchait à prendre l’attitude la plus convenable pour relever la beauté de l’animal, et signaler sa propre adresse, tandis que les lances ; auxquelles flottaient de longues banderoles, étaient agitées de toutes les manières qui pouvaient indiquer l’enthousiasme du courage et la vigueur de ces bras prêts à frapper. L’opinion qu’elle avait de la valeur et de l’esprit militaire de ses compatriotes les Normands, inspira à Éveline un sentiment mêlé de sécurité et d’orgueil qui servit à dissiper les sombres pensées et la fièvre nerveuse qui l’agitaient. Le soleil levant, le chant des oiseaux cachés dans les arbres, le mugissement des troupeaux qu’on menait aux pâturages, la vue d’une biche qui, avec son faon à côté d’elle, traversait quelque clairière de la forêt à la portée de nos voyageurs, tout contribuait à dissiper dans l’esprit d’Éveline l’effroi de ses visions nocturnes, et à calmer l’irritation et le ressentiment qui avaient agité son cœur à son départ de Baldringham. Elle laissa son palefroi ralentir le pas, et se rappelant le désordre que son départ précipité avait occasionné dans sa toilette, elle se mit à rajuster avec soin ses longs habits de cheval, et à rattacher sa chevelure. Rose vit la rougeur dont la colère avait enflammé ses joues, faire place à une teinte plus pâle mais plus calme. Elle vit l’expression de son regard devenir plus assurée pendant qu’elle contemplait avec une sorte de triomphe le cortège militaire dont elle était suivie, et elle excusa les réclamations enthousiastes de sa maîtresse à la louange des Normands, exclamations qui probablement dans tout autre moment lui eussent arraché une réplique.

« Nous voyageons en toute sûreté, dit Éveline, sous l’escorte des nobles et victorieux Normands. Leur généreuse colère est semblable à celle du lion qui détruit ou s’apaise tout d’un coup. Leur ardente affection ne connaît pas l’artifice. Rien de farouche ni de concentré ne se mêle à leur noble indignation ; aussi fidèles aux lois de la courtoisie qu’à celles de l’honneur guerrier, quand même il serait possible qu’on les surpassât dans le métier des armes (ce qui n’arrivera que lorsque le mont Plinlimmon sera arraché de sa base), ils seraient encore le premier de tous les peuples en politesse et en générosité.