Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 4, 1838.djvu/173

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qui ne pouvait permettre à ces dernières de souiller leurs yeux en regardant les plumes ondoyantes et les manteaux flottants des chevaliers. Quelques sœurs, vieilles amies de l’abbesse, restaient libres, semblables à ces marchandises qui, en termes de boutique, ne peuvent se gâter à l’air, et restent par conséquent sur le comptoir. Ces dames antiques se promenaient, affectant autant d’indifférence qu’elles éprouvaient de curiosité, et cherchaient indirectement à s’informer des noms et des vêtements, ainsi que des décorations, sans oser laisser percer tout l’intérêt qu’elles prenaient à ces vanités, comme l’indiquaient leurs questions.

Une forte troupe de lanciers du connétable gardait la porte du couvent, n’admettant dans l’enceinte sacrée que le petit nombre de ceux qui devaient être présents à la cérémonie ; ils étaient accompagnés de leurs principaux serviteurs ; et, tandis qu’on introduisait les premiers dans l’appartement qu’on avait décoré à cette occasion, les serviteurs, quoique retenus dans la cour extérieure, recevaient toutes sortes de rafraîchissements, et avaient l’amusement, si cher à la classe domestique, d’examiner et de critiquer leurs maîtres et leurs maîtresses à mesure qu’ils entraient dans les appartements préparés pour leur réception.

Parmi les domestiques ainsi occupés se trouvait le vieux Raoul, le chasseur, et sa joyeuse dame ; lui, tout glorieux et satisfait de sa casaque neuve en velours vert ; elle, belle et gracieuse avec la robe de soie jaune, garnie à grands frais d’une bordure de petit-gris : ils étaient également occupés à contempler ce beau spectacle. Les guerres les plus invétérées ont parfois une trêve ; le temps le plus froid et le plus orageux a ses heures de chaleur et de calme[1] : il en était de même de l’horizon matrimonial de cet aimable couple, qui, ordinairement couvert de nuages, s’était éclairci momentanément. La splendeur de leurs nouveaux vêtements, la gaieté du spectacle qui les entourait, aidées peut-être d’un bol de vin muscat que Raoul avait avalé, et d’une tasse d’hypocras qu’avait savourée sa femme, les faisaient paraître aux yeux l’un de l’autre plus agréables que d’habitude ; la bonne chère était pour eux ce que l’huile est pour une serrure rouillée dont elle fait mouvoir doucement et sans bruit les pièces qui sans elle ne marcheraient pas du tout, ou qui, par leurs cris, indiqueraient leur répugnance à se mouvoir. Le couple s’était placé dans une

  1. The most inveterate wars have their occasional terms of truee ; the most bitter and boisterous weather its hours of warmth and calmness.