Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 4, 1838.djvu/30

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ration pour le poète. Les figures de la poésie celtique, quoique prêtant beaucoup au travail de l’imagination, suffisaient à peine à l’enthousiasme du jeune ambitieux, qui cherchait à augmenter la force de ses chants à mesure qu’il s’apercevait de l’effet qu’ils produisaient. Les louanges du prince étaient mêlées à celles de la beauté normande ; « et semblable à un lion qui, disait-il, ne peut être conduit que par la main d’une belle et chaste vierge, un chef ne peut se soumettre qu’à l’empire de la femme la plus aimable et la plus vertueuse. Qui demandera au soleil, brillant dans tout son éclat, quelle est la partie du monde où il est né ? qui demandera à des charmes tels que les siens quel pays leur donna la vie ? »

Enthousiastes dans les plaisirs, comme dans les combats, possédant une imagination qui répondait vivement aux inspirations de leurs poètes, tous les chefs gallois firent entendre un concert unanime d’applaudissements, et les chants du barde rendirent plus populaire l’alliance projetée du prince, que n’avaient fait les plus graves arguments du moine intercesseur.

Gwenwyn lui-même, dans un transport d’allégresse, détacha les bracelets d’or qu’il portait, pour en revêtir le barde dont les chants avaient produit sur lui un effet si désirable, et dit en regardant Cadwallon, alors plongé dans le silence et la tristesse : « Jamais la harpe silencieuse ne fut montée avec des cordes d’or. »

— Prince, » répondit le barde, dont l’orgueil était au moins égal à celui de Gwenwyn, « vous changez le sens du proverbe de Taliessin : c’est la harpe flatteuse qui ne manqua jamais de cordes d’or. »

Gwenwyn, se retournant vers Cadwallon avec colère, allait répondre sévèrement quand il fut interrompu par la soudaine apparition de Jorworth, messager qu’il avait envoyé à Raymond de Berenger. Ce montagnard entra dans la salle, jambes nues, ne portant que des sandales de peau de chèvre ; sur ses épaules était un manteau de même étoffe, et dans sa main une courte javeline. La poussière dont il était couvert et la sueur qui coulait de son front témoignaient avec quel zèle il s’était acquitté de sa commission. Gwenwyn lui dit avec empressement : « Quelles nouvelles de Garde-Douloureuse, Jorworth-ap-Jevan ?

« Je les porte dans mon sein, » dit le fils de Jevan ; et, avec beaucoup de respect, il présenta au prince un paquet entouré de soie, et dont le cachet représentait un cygne, ancienne devise de