Page:Œuvres mêlées 1865 III.djvu/135

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que quand même on m’accorderoit la séparation de biens que je demandois, on ne me laisseroit pas dans celle de corps dont je jouissois, et que je ne demandois pas alors ; qu’enfin les juges ne pouvoient pas, dans les formes, ne dispenser de m’ordonner de retourner avec mon mari, quand ils me seroient aussi favorables qu’ils m’étaient contraires. Si cet avis m’étoit venu de moins bonne part, j’aurois la liberté de vous en nommer les auteurs ; mais comme ils faisoient un pas fort délicat en me le donnant, ils exigèrent de moi un secret que je leur garderai éternellement. Jugez quel traitement je pouvois espérer de M. Mazarin, si je retournois avec lui par arrêt, ayant la Cour et le parlement contre moi, et après les sujets de ressentiment qu’il croyoit avoir.

Voilà quels furent les motifs de la résolution si étrange, et tant blâmée que je pris de me retirer en Italie auprès de mes parents, voyant qu’il n’y avoit plus d’asile ni de sûreté pour moi en France. Mon frère qui étoit tout ensemble le plus proche, le plus cher, et le plus éclairé, fut aussi le premier à l’approuver, et à m’offrir tout ce qui dépendoit de lui pour la favoriser. Le chevalier de Rohan son ami particulier et le mien, en ayant eu le vent je ne sais comment, nous en parla d’une manière si claire, qu’il y auroit eu de l’imprudence à lui en faire mystère, et si obligeante que nous ne pouvions pas sans quelque sorte d’ingratitude refuser son secours. Mon dessein n’étoit pas pour lors de me retirer tout à fait à Rome, mais seulement de voir ma sœur la connétable à Milan, où je lui mandois de me venir attendre, et de me rendre ensuite à Bruxelles pour negocier de plus près quelque ac-