Page:Œuvres philosophiques de Leibniz, Alcan, 1900, tome 2.djvu/125

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71 Donc, en quatrième lieu, puisqu’il est sûr et expérimenté que la crainte des châtiments et l’espérance des récompenses sert à faire abstenir les hommes du mal, et les oblige à tâcher de bien faire, on aurait raison et droit de s’en servir, quand même les hommes agiraient nécessairement par quelque espèce de nécessité que ce pourrait être. On objectera que si le bien ou le mal est nécessaire, il est inutile de se servir des moyens de l’obtenir, ou de l’empêcher : mais la réponse a déjà été donnée ci-dessus contre le sophisme paresseux. Si le bien ou le mal était nécessaire sans ces moyens, ils seraient inutiles ; mais il n’en est pas ainsi. Ces biens et ces maux n’arrivent que par l’assistance de ces moyens, et si ces événements étaient nécessaires, les moyens seraient une partie des causes qui les rendraient nécessaires ; puisque l’expérience nous apprend que souvent la crainte ou l’espérance empêche le mal, ou avance le bien. Celte objection ne diffère donc presque en rien du sophisme paresseux qu’on oppose à la certitude, aussi bien qu’à la nécessité des événements futurs. De sorte qu’on peut dire que ces objections combattent également contre la nécessité hypothétique, et contre la nécessité absolue, et qu’elles prouvent autant contre l’une que contre l’autre, c’est-à-dire rien du tout.

72 Il y a eu une grande dispute entre l’évêque Bramhall et M. Hobbes, qui avait commencé quand ils étaient tous deux à Paris, et qui fut continuée après leur retour en Angleterre ; on en trouve toutes les pièces recueillies dans un volume in-4° publié à Londres l’an 1656 Elles sont toutes en anglais et n’ont point été traduites, que je sache, ni insérées dans le recueil des œuvres latines de M. Hobbes. J’avais lu autrefois ces pièces et je les ai retrouvées depuis, et j’avais remarqué d’abord qu’il n’avait point prouvé du tout la nécessité absolue de toutes choses, mais qu’il avait fait voir assez que la nécessité ne renverserait point toutes les règles de la justice divine ou humaine, et n’empêcherait point entièrement l’exercice de cette vertu.

73 Il y a pourtant une espèce de justice et une certaine sorte de récompenses et de punitions, qui ne paraît pas si applicable à ceux qui agiraient par une nécessité absolue, s’il y en avait. C’est cette espèce de justice qui n’a point pour but l’amendement ni l’exemple, ni même la réparation du mal. Cette justice n’est fondée que dans la convenance, qui demande une certaine satisfaction pour l’expiation d’une mauvaise action. Les sociniens, Hobbes et quelques