Page:Œuvres politiques de Machiavel.djvu/385

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que, dans la guerre, il s’agit toujours ou de se défendre ou d’attaquer. Il faut donc examiner d’abord à laquelle de ces deux manières de faire la guerre l’artillerie présente le plus d’utilité ou de désavantage.

Quoiqu’il y ait bien des choses à dire de part et d’autre, je crois cependant que, sans aucune comparaison, l’artillerie fait plus de tort à celui qui se défend qu’à celui qui attaque : la raison en est que celui qui se défend est, ou renfermé dans une ville, ou campé derrière un retranchement. S’il est dans les murs d’une ville, ou cette ville est petite, comme le sont la plupart des forteresses, ou elle est grande : dans le premier cas, celui qui se défend s’expose à une ruine certaine, parce que la violence de l’artillerie est si grande, qu’elle ne trouve point de rempart, quelque épais qu’il soit, qu’elle ne renverse en peu de jours ; et si ceux que renferme la ville n’ont pas un espace suffisant pour se retirer, creuser de nouveaux fossés et élever d’autres remparts, ils sont perdus et ne peuvent résister à l’impétuosité de l’ennemi qui tenterait de pénétrer par la brèche ; leur artillerie même ne leur sera d’aucun service : c’est en effet une chose démontrée, que, partout où les hommes peuvent se précipiter en foule et avec impétuosité, l’artillerie ne saurait y mettre obstacle. C’est pourquoi, dans la défense des places, on ne peut repousser le choc irrésistible des ultramontains. On soutient aisément l’attaque des Italiens, qui ne marchent jamais en masse, mais qui vont au combat pour ainsi dire éparpillés ; ce qui a fait donner à ces combats le nom convenable d’escarmouches. Ceux qui s’avancent avec ce désordre et cette tiédeur vers la brèche d’un mur défendue par de l’artillerie, courent à une mort certaine ; et c’est contre eux que cette arme a tout son effet ; mais ceux qui se précipitent sur la brèche comme une foule épaisse, et où l’on est poussé l’un par l’autre, ceux-là pénètrent dans tous les lieux, s’ils ne sont repousses par des fossés ou