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La doctrine de Marx est toute-puissante parce qu’elle est vraie (Lénine)


Karl Marx, chef et théoricien du prolétariat


Aujourd’hui, à travers le monde, les ouvriers révolutionnaires commémorent le cinquantième anniversaire de la mort de Karl Marx.

Nombreux sont ceux qui ont essayé de démontrer que Marx s’était trompé, mais les affirmations des Tardieu, Herriot et tutti quanti ne font que souligner l’impuissance des bourgeois à comprendre la théorie révolutionnaire du prolétariat qui abattra leur régime.

Dans, le désarroi actuel consécutif à la crise, la bourgeoisie se livre aux explications les plus antiscientifiques sur l’état présent des choses.

Système après système, la philosophie idéaliste et religieuse tente de donner une définition du monde qui aboutit à faire tout tourner autour d’un « esprit » unique régissant l’univers, essayant ainsi de déterminer parmi les masses exploitées le sentiment de l’impuissance et de la résignation.

Par contre, le matérialisme dialectique de Marx, soigneusement chassé des universités, donne la clé de tous les problèmes posés devant les hommes et, appliqué à l’histoire, il démontre que la société capitaliste porte en elle les éléments d’une autre forme de société.

Le point central de la théorie marxiste révolutionnaire réside dans la lutte des classes, expression des antagonismes de classe qui se développent et s’accentuent au sein de la société capitaliste au fur et à mesure que le capitalisme lui-même se développe.

Les falsificateurs de Marx qui ont, au contraire, essayé de démontrer que les antagonismes de classe s’atténuent avec le développement du capitalisme, donnant ainsi des armes idéologiques à la bourgeoisie contre le prolétariat, voient leurs théories s’effondrer lamentablement.

Jamais n’est apparue avec autant de force qu’aujourd’hui la justesse de la théorie de Marx sur la paupérisation du prolétariat. Les Bernstein et les Kautsky qui, sous des formes un peu différentes, ont soutenu le contraire, laissent leurs partisans en fâcheuse posture devant les événements.

Rien d’étonnant à ce que les falsificateurs de Marx, qui abondent dans les rangs de la social-démocratie, se bornent aujourd’hui à sortir des généralités sur la théorie marxiste, à disserter sur les termes « évolution » et « révolution », tentant d’écarter de l’horizon du prolétariat la nécessité de la transformation révolutionnaire de la société.

Rien d’étonnant à ce que, après avoir vidé le marxisme de son contenu révolutionnaire, la social-démocratie se fasse le champion de la défense de la démocratie, c’est-à-dire de l’État, présenté comme une sorte d’arbitre et de conciliateur entre les classes alors qu’en régime capitaliste l’État n’est que le moyen de domination de la bourgeoisie sur le prolétariat.

Rien d’étonnant non, plus, dans de telles conditions, à ce que le rôle du parti prolétarien, avant-garde de la classe ouvrière ayant les mêmes intérêts qu’elle et se distinguant d’elle par la connaissance de la théorie révolutionnaire, soit déformé et caricaturé dans les rangs de la social-démocratie.

C’est parce que le marxisme révolutionnaire a été répudié par la social-démocratie que nous la voyons substituer à la conception du parti de classe indépendant de la bourgeoisie la théorie et la pratique de la collaboration avec la classe bourgeoise.

Seul, le Parti communiste représente la théorie marxiste. Seul, il exprime la politique de la révolution prolétarienne qui découle du marxisme, seuls les communistes sent aujourd’hui les continuateurs de Marx.

Sur un sixième du globe, le marxisme a triomphé. À la première tentative de dictature du prolétariat réalisée par la Commune de Paris succède, depuis quinze ans et demi, le premier État prolétarien, expression de la dictature du prolétariat. C’est l’œuvre du parti bolchevik qui, sous la direction de Lénine, a puisé sa doctrine et sa tactique aux sources du marxisme.

Et aujourd’hui, quand, avec la réalisation du deuxième plan quinquennal, se pose la marche en avant vers la disparition des classes en Union soviétique, le parti bolchevik et son chef Staline apparaissent en pleine lumière comme les réalisateurs de ce qu’avait prévu Marx, de même que l’Internationale communiste guide les masses exploitées de l’univers dans la route tracée par lui, au bout de laquelle se trouve le triomphe de la révolution prolétarienne.

Quel abîme entre les résultats de la politique des marxistes-léninistes et les résultats de l’activité de ceux qui, affublés de l’étiquette « marxiste », ont conduit de chute en chute le prolétariat aux pires déceptions, comme c’est le cas pour la social-démocratie allemande présentée comme étant la plus riche en matière de connaissances marxistes.

En s’enlisant dans la collaboration des classes, la social-démocratie a trahi le marxisme, et cela explique pourquoi l’Internationale communiste est apparue sur la scène de l’histoire portant en elle la science marxiste et la pratique révolutionnaire.

Karl Marx n’a pas été seulement, comme certains voudraient le faire croire, un savant ayant bâti une théorie pour le prolétariat. Il a été un militant révolutionnaire qui, pour préparer la réalisation de la révolution prolétarienne prévue par lui, a créé l’instrument de cette réalisation le parti du prolétariat.

À ce titre, Marx n’est pas seulement le théoricien du prolétariat, il en est le chef. Il nous a donné l’exemple de la lutte à mener contre les courants qui se manifestent dans le mouvement ouvrier. Il a montré comment se poursuit la lutte sur les deux fronts pour maintenir le parti du prolétariat dans la voie juste de l’action révolutionnaire, pour entraîner les masses dans la lutte quotidienne, sans jamais perdre de vue la perspective de l’écrasement de la bourgeoisie.

C’est ainsi qu’au sein de la Ire Internationale Marx mena la lutte contre les éléments réformistes, essayant de faire pénétrer l’idéologie petite-bourgeoise dans les rangs du prolétariat et contre les éléments anarchistes pour qui l’action se bornait à répéter des formules révolutionnaires.

L’activité politique de Marx, en tant que chef de parti, est pour nous, communistes, d’un grand enseignement, ainsi que la lutte menée plus tard par son meilleur disciple, Lénine, pour forger le parti bolchevik.

À nous, communistes de France, qui associons le nom glorieux de Marx à l’expérience inoubliable de la Commune de Paris, de multiplier nos efforts pour rassembler les masses et les entraîner dans l’action révolutionnaire contré la bourgeoisie, nous montrant ainsi les fidèles disciples de Karl Marx.

Jacques DUCLOS.



Les communistes ne s’abaissent pas à dissimuler leurs opinions et leurs projets. Ils proclament ouvertement que leurs buts ne peuvent être atteints que par le renversement violent de tout l’ordre social traditionnel. Que les classes dirigeantes tremblent à l’idée d’une révolution communiste Les prolétaires n’ont rien à y perdre que leurs chaînes. Ils ont un monde à y gagner.

Prolétaires de tous les pays, unissez-vous Marx, Engels (Manifeste communiste).




LE DISCOURS D’ENGELS SUR LA TOMBE DE MARX


Le 14 mars, à 2 heures 45 de l’après-midi, le plus grand penseur de l’époque a cessé de penser. Nous l’avions laissé seul deux minutes à peine à notre retour, nous le trouvâmes paisiblement endormi dans son fauteuil, mais pour toujours.

On ne saurait mesurer l’étendue de la perte que cette mort cause au prolétariat militant d’Europe et d’Amérique, ainsi qu’à la science historique On ne tardera pas se rend compte du vide laissé par la disparition de ce géant.

De même que Darwin a découvert la loi du développement de la nature organique, de même Marx a découvert la loi du développement de l’histoire humaine, à savoir, le fait élémentaire, jusqu’à présent voilé sous un fatras idéologique, que les hommes avant de s’occuper de politique de science, d’art, de religion, etc. doivent tout d’abord manger, boire, se loger et s’habiller ; et que, par suite, la production des moyens matériels d’existence et, avec elle, le degré de développement économique d’un peuple ou d’une époque, constituent la base d’où se déduisent et, conséquemment, s’expliquent (et non inversement, comme il en était jusqu’à présent) toutes les institutions d’État les conceptions juridiques, l’art et même les idées religieuses des hommes.

Mais ce n’est pas tout. Marx a découvert également la loi particulière du développement du mode de production capitaliste moderne et de la société bourgeoise qui en est issue. La découverte de la plus-value a, du coup, projeté la lumière, dans l’obscurité où s’égaraient jusqu’alors toutes les recherches, aussi bien celles des économistes bourgeois que celles des critiques socialistes.

Deux découvertes de ce genre suffiraient amplement à remplir toute une vie. Heureux déjà celui à qui il est donné d’en faire une seule semblable ! Mais dans chacun des nombreux domaines, même dans celui des mathématiques, où Marx a porté ses investigations, qui ne sont jamais superficielles, il a fait des découvertes originales.

Tel fut l’homme de science. Mais en Marx le savant n’était même pas la moitié de l’être. Pour lui la science était une force historique motrice, une force révolutionnaire. Mais quelle qu’ait pu être la joie que lui causait toute découverte dans une discipline théorique quelconque, découverte dont, peut-être, on n’apercevait pas encore, l’application pratique, il, ressentait une satisfaction toute particulière quand il s’agissait d’une innovation pouvant immédiatement révolutionner l’industrie et, en général, le développement historique. Ainsi, il s’intéressa de près aux découvertes concernant l’électricité et, tout dernièrement encore, à celles de Marcel Deprez.

Car Marx était avant tout un révolutionnaire. Contribuer, d’une façon ou d’une autre, à la subversion de la société capitaliste et des institutions d’État qu’elle a créées, contribuer à l’affranchissement du prolétariat moderne, auquel il avait donné le premier la conscience de conditions de son émancipation, telle était sa véritable vocation. La lutte, était son élément. Et il a combattu avec une passion, une opiniâtreté et un succès exceptionnelle. Collaboration à la Rheinische Zeitung en 1842, au Vorvaerts de Paris en 1844, à la Brüsseler Deutsche Zeitung en 1847, à la Neue Rheinische Zeitung en 1848-1849, à la New-York Tribune, de 1852 à 1861, publication de nombreuses brochures de propagande, travail dans les associations de Paris, de Bruxelles et de Londres, le tout couronné par la grande Association internationale des travailleurs, voilà une œuvre dont l’auteur aurait pu être fier, même s’il n’avait rien donné d’autre.

Aussi Marx a-t-il été l’homme le plus haï et le plus calomnié de son temps. Gouvernements absolus et gouvernements républicains l’expulsèrent ; bourgeois conservateurs et démocrates-radicaux, l’accablèrent de calomnies. Il repoussa toutes ces vilenies, n’y fit aucune attention et n’y répondit qu’en cas de nécessité extrême. Il est mort vénéré, aimé, regretté de millions de camarades de travail révolutionnaire, dispersés à travers l’Europe et l’Amérique, depuis les mines de la Sibérie jusqu’en Californie. Et, je puis le dire hardiment, il pouvait avoir encore beaucoup d’adversaires, mais il ne pouvait guère avoir d’ennemi personnel.

Son nom ainsi que son œuvre vivront à travers les siècles.



Engels à W. Liebknecht


Londres, le 14 mars 1883.


Mon cher Liebknecht[1]


Mon télégramme à Mme B…[2], la seule adresse que je possède, vous aura appris la perte immense que le parti socialiste révolutionnaire d’Europe vient d’éprouver. Vendredi dernier, le médecin, l’un des meilleurs de Londres, nous avait encore fait espérer qu’il recouvrerait la santé et qu’il s’agissait seulement de le nourrir pour maintenir ses forces. En effet, depuis lors, l’appétit, lui était revenu. Or, cet après-midi, après 2 heures, je trouvais toute la maison en larmes : il était, paraît-il, d’une faiblesse extrême. Lenchen[3] me pria de monter en disant qu’il s’était assoupli, et lorsque j’arrivai – à peine venait-elle de quitter la chambre deux minutes auparavant — il était endormi, mais du sommeil éternel. Le plus grand cerveau de la seconde moitié du dix-neuvième siècle avait cesser de penser.

Je ne me risquerai pas à me prononcer sur la cause immédiate de la mort, sans l’avis du docteur. Au reste, son cas était si compliqué que, même pour les médecins, il faudrait tout un livre pour le bien décrire. Mais, en fin de compte, cela n’est plus tellement important. Pendant les six dernières semaines, j’ai éprouvé les plus grandes angoisses, et je puis seulement dire que, selon moi, la mort de sa femme d’abord et, ensuite, dans une période très critique, celle de Jenny, avaient précipité la crise finale.

Bien que je l’aie vu étendu ce soir dans sou lit, l’immobilité de la mort glaçant ses traits, je ne puis me faire à l’idée que ce cerveau génial ait cessé de féconder le mouvement prolétarien des deux mondes. Ce que nous sommes, nous le sommes grâce à lui ; ce que le mouvement est aujourd’hui, c’est à son activité théorique et pratique qu’il le doit. Sans lui, nous serions encore à tâtonner dans la confusion.

À toi,

F. Engels.




Les socialistes falsificateurs de Karl Marx


La campagne du cinquantième anniversaire de la mort de Marx se déroule chez les socialistes sous le signe du « retour à Marx ». La C.A.P., d’abord avec la Fédération de la Seine, organise une fête commémorative à Paris. Dans le Populaire, Amédée Dunois consacre à Marx toute une « Vie du Parti » qui est adressée à tous les membres du parti socialiste. Des réunions sont prévues aussi dans La province.

Les socialistes veulent, ainsi faire croire aux masses qu’ils sont un parti marxiste.

Les temps ont bien changé… Il y a à peine trois ou quatre ans que les députés socialistes, Montagnon, Déat, après le député socialiste Moch, ont « réfuté, et enterré » Marx.

« Marx reste un grand bonhomme. Mais la plupart de ses déductions apparaissent fausses. Il s’est trompé dans ses prévisions » — écrivait Montagnon en 1929.

« Que reste-t-il des conceptions marxistes si les crises peuvent, par la rationalisation cartellisée, être surmontées ou, tout au moins, efficacement contrebattues » — écrivait un an après Déat.

Moch, lui, démontrait tout simplement en 1927, salué par Blum, que les crises sont presque impossibles dans le « nouveau » régime capitaliste.

« Il est aussi difficile de parler de crises de surproduction en régime rationnel (sic !) que d’en concevoir en régime socialiste ».

Comme conclusion de leurs attaques contre Marx, les révisionnistes proposaient le rejet de la conception de Marx, de sa théorie de la dictature du prolétariat, c’est-à-dire de l’âme même du marxisme.

« Il conviendrait, peut-être, que nous en finissions avec une autre routine, inattendue, paradoxale, et plus malfaisante qu’elles toutes : la routine révolutionnaire » — écrit Déat.

Montagnon posa le problème d’une façon particulièrement nette :

« Il s’agit de savoir si le jeu des forces économiques doit amener fatalement la transformation révolutionnaire de la société capitaliste en société socialiste. Eh bien ! Nous ne croyons plus à cette fatalité. »

Dans ce cas, l’expression même de révolution est à rejeter. « Si l’on constate qu’on n’est pas, qu’on ne peut pas être révolutionnaire, pour quoi, répéter si souvent cette expression imprécise et dangereuse ? »

Il est utile de mettre ces quelques extraits — on pourrait les multiplier à l’infini — pour leur montrer quelle est l’attitude du parti socialiste de ses dirigeants, envers Marx : nulle part ces idées contre-révolutionnaires ne furent désavouées et condamnées par ce parti « marxiste ».

Mais la crise économique mondiale a brisé en morceaux les prévisions et les conceptions des apologistes du capital de la S.F.I.O. sur la « fin des crises » et sur le passage pacifique au socialisme.

L’approfondissement de la crise économique dans les pays capitalistes et les succès simultanés de l’édification, socialiste en U.R.S.S. obligent les socialistes à modifier, leur attitude envers le marxisme qui est ainsi confirmé brillamment dans tous ces points. Le chômage et la misère accrue des masses, l’aggravation des antagonismes de classe, la poussée révolutionnaire créent un milieu par trop défavorable aux théories révisionnistes ouvertes, à l’apothéose du « nouveau capitalisme organisé » et de ses bienfaits. C’est pour retenir les masses sous leur influence que les chefs socialistes adoptent à nouveau des formules révolutionnaires et se présentent comme disciples de Marx.

Dans la dernière période, les déclarations de fidélité au marxisme abondent dans le parti socialiste. Paul Faure remplit de ses condamnations du capitalisme et du révisionnisme les colonnes du « Populaire » ; ses déclarations voisinent d’ailleurs avec des articles participationnistes les plus plats. Lebas part en guerre contre le « néo-socialisme » de Déat, Marceau Pivert menace le capitalisme de la dictature du prolétariat.

Enfin, pour coordonner ce travail d’escamotage et de duperie démagogique, Séverac lance « Le Parti socialiste, ses principes et ses tâches ».

Par contre, Séverac veut être orthodoxe marxiste à 100 p. 100.

« Je voudrais qu’on ne trouvât rien dans ce petit livre qui fût nouveau ; rien qui ne fût fidèle aux idées maîtresses de ce socialisme marxiste, duquel toi (Paul Faure) et moi nous nous obstinons à nous réclamer ».

Mais déjà, dans ce désir de ne rien ajouter de neuf au marxisme se manifeste l’abandon du marxisme par Séverac et tous les autres. Séverac se refuse à voir de profondes modifications survenues dans le capitalisme, sa nouvelle phase impérialiste, il se détourne de la révolution russe, de l’édification socialiste dans l’Union soviétique.

Dans son exposé « marxiste », Séverac traite de tout : on y trouve des dissertations sur la morale, sur la religion, sur l’avenir des coopératives, sur le luxe, sur l’art, sans parler de la dédicace où Séverac considère comme indispensable de nous faire connaître en détails sa biographie jusqu’au moment de l’éclosion de son manuel.

Seulement, la place lui a manqué pour parler de la révolution prolétarienne et de l’édification socialiste en U.R.S.S. Or, Marx considérait le problème de la révolution comme problème « central » de sa doctrine, mais le marxiste Séverac a « oublié » exactement cette partie des enseignements de Marx.

De la même façon, l’autre « marxiste, » ; Durnois ne trouve pas de place dans son exposé du marxisme, pour la théorie marxiste de l’État.

Ce n’est pas un hasard, c’est une méthode de falsification du marxime. Ils ne font qu’imiter le vieux renégat. Kautsky, démasqué et cloué au pilori par Lénine dans son pamphlet génial : « La révolution prolétarienne et le renégat Kautsky »

Il ne fait qu’imiter son véritable maître, le renégat Kautsky.

Tout ce que Lénine écrit sur Kautsky s’applique parfaitement à Séverac et à Dunois et à tous les assassins.

« Du marxisme, Kautsky prend ce gui est admissible pour les libéraux, pour la bourgeoisie (critique du moyen âge, rôle historique utile du capitalisme, en général, et de la démocratie capitaliste, en particulier), et jette par-dessus bord, passe sous silence ou laisse dans l’ombre ce qui, dans le marxisme, est « inadmissible » pour la bourgeoisie (violence révolutionnaire du prolétariat contre la bourgeoisie jusqu’à l’anéantissement final de cette dernière. Voilà pourquoi, par la position qu’il occupe en fait, et quelles que puissent être ses conditions subjectives, Kautsky est inévitablement un laquais de la bourgeoisie. »[4]





Les communistes appuient en tous pays tout mouvement révolutionnaire contre l’ordre social et politique existant.

Dans tous ces mouvements, ils mettent en avant la question de propriété, à quelque degré d’évolution qu’elle ait pu arriver, comme la question fondamentale du mouvement. — Marx, Engels (Manifeste communiste).




Comment Lénine étudiait Marx


par N. Kroupskaïa


Le mouvement ouvrier en Russie, par suite de l’état arriéré de l’industrie, n’a commencé à se développer qu’après 1890, lorsque dans les autres pays la lutte révolutionnaire de la classe ouvrière avait déjà pris une grande ampleur ; on y avait, déjà l’expérience de la grande-Révolution française, de la révolution de 1848, de la Commune de Paris. Dans le feu de la lutte révolutionnaire, s’étaient formés les grande chefs et idéologues du mouvement ouvrier international Marx et Engels. La doctrine de Marx montrait où va le développement social ; elle prouvait que la société capitaliste doit inévitablement se désagréger pour être remplacée par la société communiste ; elle indiquait le chemin que suivra le développement des nouvelles formes sociales, le développement de la lutte de classes ; elle révélait le rôle du prolétariat dans cette lutte et l’inévitabilité de la victoire.

Notre mouvement ouvrier se développait sous la bannière du marxisme, il n’avançait pas à tâtons ; son rôle était clair, sa voie précise.

Lénine a beaucoup fait pour éclairer, à la lumière du marxisme, la voie de la lutte du prolétariat de Russie. Cinquante années sont passées depuis la mort de Marx, mais le marxisme continue à être, pour notre Parti, un guide pour l’action. Le léninisme n’est que la continuation du marxisme, son approfondissement.

On comprend ainsi, combien il est important de savoir comment Lénine étudiait Marx.

Lénine connaissait Marx à fond lorsqu’il vint à Pétrograd, en 1893, il nous étonna tous, marxistes de ce temps, par la connaissance étendue qu’il avait des œuvres de Marx.

Dans la période qui va de 1890 à 1900, lorsque les cercles marxistes commençaient à s’organiser, on étudiait surtout le premier tome du Capital. Il n’était pas facile de se le procurer, mais on y parvenait quand même. Il n’en était pas de même des autres œuvres de Marx. La plupart des membres des cercles n’avaient pas lu le Manifeste communiste. Par exemple, je ne l’ai lu pour la première fois qu’en 1898, en allemand, lorsque j’étais en déportation.

Marx et Engels étaient sévèrement mis à l’index. Il suffit de remarquer qu’en 1897, dans son article « À propos du romantisme économique », écrit par le journal Novoie Stovo, Vladimir Illitch, pour ne pas faire du tort au journal, s’est vu obligé de se servir d’euphémismes pour ne pas employer les mots Marx et marxisme.

Vladimir Illitch, qui connaissait les langues étrangères, faisait tout son possible pour se procurer les œuvres de Marx et d’Engels, en allemand et en français. Anna Illitchna, sa sœur, raconte comment il a lu, avec sa sœur Olga, La misère de la philosophie, en français. C’est en allemand qu’il lisait le plus. Il traduisait en russe des passages de Marx et d’Engels qui l’intéressaient le plus et lui paraissaient particulièrement importants.

Dans son premier grand ouvrage, publié illégalement en 1894, Que sont les amis du peuple, se trouvent mentionnés Le Manifeste communiste, la Critique de l'économie politique, La misère de la philosophie, L’idéologie allemande, La Lettre de Marx à Ruge, en 1843, L’Anti-Düring et les Origines de la famille, de la propriété et de l’Etat.

Les Amis ; du Peuple ont considérablement : élargi l’horizon. -/marxiste de.la plupart .des marxistes d’alors qui. connaissaient encore- peu les œuvres- ; de Marx.. Cette ; brochure : a exposé sous, un jour nouveau : un grand nombre de questions et son’ ’succès a’ : été- formidable.

Dans le suivant "ouvrage .de -Lénine Le contenu èèonornique du communisme et sa critique dans ’ le litre de’ Monsieur Strouvé, . nous voyons ; déjà’ mentionné le 18 Brumaire, L’a. Guerre civile, en France, La Critiqué du programmé de Goilia, les IIe et III* tomes dû Capital.

Plus tard" l’émigration a permis à Lénine de connaître toutes les œuvres ’de Marx- et. d’Engels et, de les .étudier.

La biographie de Marx, écrite, par Lénine en 1914 pour le’ dictionnaire


encyclopédique Grenat, montre jus-’ ququel point Illitch connaissait bien les, œuvres de Marx.

Les nombreux passages de Marx, que. Lénine, recopiait constamment en .lisant, en témoignent aussi. L’Institut Léiiine conserve de nombreux cahiers contenant des extraits., de Marx.

Vladimir Illitch se servait de, ces’ extraits au cours de son travail il les relisait, il les ano.taît. Non seulement. Lénine connaissait Mff/r.x. mais il avait prof ondément réfléchi sur toute- sa doctrine. Dans son discours au IIP -Congrès ;, panrusse des J.Ci, en 1920, Vladimir Illitch dit à la jeunesse qu’il faut savoir « prendre .toute la somme des connaissances humaines, et les. prendre de fa. çon que le ; communisme ne soit pas pour vous une chose apprise par cœur, mais une chose mûrie par, vous-mêmes, une conclusion, inévitable duinolnt de vue de ’l’instruction moderne ». (Tome XXV ; page 389. édition* russe- de* l’Institut Lénine : ) « Si un communiste se flattait de connaître le. ^communisme, par des conclusions reçues dé toute pièce, sans procéder à un. grand travail. difficile et sérieux, sans, analyser les faits, envers lesquels il doit se comporter : avec l’esprit critique, un tel


communiste serait très regrettable. » (llidein ; page ’388.)- ;

Lénine n’étudiait pas ’seulement’ ce qu’a écrit’. Marx, mais aussi ce que les ’adversaires bourgeois et, pë-’ tifs-bourgeois ont écrit s, ur, Mar, x et sur le marxisme. C’est dans’-la polémique avec eux qu’il mit’ au clair les positions, essentielles dû : marxisme.

Son> premier grand ouvrage a ; été Que sont les amis du peuple : et. comment, ils lullent contre les sociâl-déT mo.çràiçs’. ?, (Réponse à un article, du Rousskoié : Rogalsvo pontre’ le niarxisme, où il opposait le point de vue de Marx à celui desnarodhiki’ Mikhaïlovski, Krivenkp, .Youchakpy ; )

Dans l’article Le contexte économique dû communisme et sa’ critiquedans le .livre de Monsieur : Sir Ouvé, il irioritrait en ; quoi le’ point de vue de Strouvé se distingue de celui de Marx.

Etudiant la question agraire, il écrit son ouvrage La question agraire et les critiqites . de’Màrx (Tome.lV, . page 175) où il oppose le point de vue de Marx au : point de vue petit-bourgeois des social-démocrates allemands David, Herz ; et des critiques russes Tchernoy, Bpudiakoyv


De la discussion jaillit la lumière ; n, .dit’un proverbe français. Lénine aimait le répéter. Il s’appliquait cdnsiàmment à préciser età opposer les points de vue de’classe sur les. questions fondamentales du, mouyement"duyr : ier., La-façon : dpnt Lénine opposait lés différents points de’ vue ; est très caractéristique. Le XIX° recueil lénihiste.o.ù1 sont reùnis’les.’ extraits, les résumés, : les pi àhs : de discours, etc., sur", la question agraire durant la période qui, a précédée 1917, la met en lumière : ’ — -Àl’1-. ’ ) Vladimir Illitch fait., avec soin le’ ré$ivm£rdes./fi çifliqii, e.s . >> il, choisit.if, et recopie les passages’ pàrticulièrë-’ ment frappants et caractéristiques et les "oppose à ce qu’a ’’dit Marx. Après : aypir, " spigneuseméHt aiialysé ; ropinipn des «critiqués >>j’iii : clierch1e ! à montrer le caractère, de classé de leurs idées en mettant eh ; relief les questions les plus impbrtàntës ; .Bîentspuvehtl.Lénine’ aiguisait : expressément’ ies questions. Il ..estimait que çë n.’est pas le.ton, qui importe ;, qu’on peut s’exprimer avec violence pou, rvu qiie, ce, qu’on dit : porte, sur’ le fond. Dan s la. préface à la c.ofi’esppndance. de, U. -A’ Sorge, i, .il cite up passage "de* Merlimg « Merliing avait ; spuvent raison : . dé dire dans le So’rgische-Brïsfwech’sellq^je Marx ; et Engels.ne s’exprimaient ^uère.dans le u. bon1 ’ton ; »vïls ^portaient1 leurs coups sans hésiter- longtemps, mais ne se plaignaient pas- non plus des coups qu’ils rèeevaiênt (Tome II, pa-f ge 172). lia violence de la’ f ornie, du style, était inhérente à Lénine, c’ est


Marx qui là lui avait apprise. Il disait : « Marx raconte. que lui et En^ gels luttaient constamment contre la conduite « misérable »dece, «social-démocrate » et luttaient souvent avec violence », (Ibidem, page 170) : Lénine -ne craignait pas, la violence, . mais- il exigeait que les objections portent sur. le fond. Il avait un mot dont il .aimait, à se servir, c’est : celui de chicane. Si l’on faisait une critique qui ne .portait pas sur le fond, si on exagéiait, si on chicanait sur les détails, il, disait : « ; Ça, , t’est de la chicane, )). Lénine -était encore plus [ violentcontre les polémiques qui avaient pour-^ but non’ pas de mettre au’ clàiiv : la question, mais de régler les petites querelles de. fraction. C’était le : procédé préféré des menchéviks. Se servant de passages de Marx et d’Engels, isoles du contexte et des. circonstances dans lesquelles ils avaient été : conçus, », ils poursuivaient’’ exclusivement des, vbuts -de ; fraction. Dans la préface à là correspondan-ce de F.A. Sorge, Lénine écrivait. « Crolre : que .lés conseils de Marx et d’Engels au sujet ; du mouvement, ouvrier anglo-américain, peuvent ; être purement. et simplement appliqués : aux conditions. de la Russie, serait se servir du marxisme non pas pour connaître sa, méthode, non pas pour, étudier lés particularités his« toriques et ’concrètes du mouvement ouvrier dans des pays déterminés ; r mais pour, de "mesquines querelles d’intellectuels ». (Tome XI, page Vl !jt)-. . . (A tuivre.)"

  1. Liebknecht, Wilhelm, (1826-1900). — L’un des fondateurs et des leaders de la social-démocratie allemande.
  2. Bebel, Julie (113-1910). — Femme d’Auguste Bebel, chef de la social-démocratie allemande (1840-1913).
  3. Lenchen (Demuth Hélène). 1723-1890). — Servante de la famille Marx depuis 1837, fut l’amie la plus constante et la plus dévouée de la famille.
  4. Voir « Les Socialistes français contre Marx », dans le numéro spécial des Cahiers Bolchevisme, consacré à Marx, qui sort aujourd’hui.