Page:Abeille - Coriolan, 1676.djvu/72

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AUFIDE.

Les Volſques qui ſous vous ont tant acquis de gloire,
Auroient-ils pû ſi-toſt en perdre la mémoire ?



CORIOLAN.

Eux & vous perdez-la, Seigneur, je le permets.
Je ſçais en obligeant oublier mes bien-faits :
Mais je ſçais encor mieux à quoy l’honneur m’engage ;
Et je ne ſçeus jamais oublier un outrage.
Si pour tous mes travaux je n’attends aucun prix,
Apprenez que j’attends encor moins vos mépris.



AUFIDE.

Nos mépris ? eſt-ce moy, Seigneur, qui vous mépriſe ?
Moy qui pour vous vanger ſoûtiens cette entrepriſe ?
Qui vous aſſoſſiant à ma gloire, à mon rang,
Pour vous de mes ſoldats prodigue icy le ſang,
Et qui maiſtre abſolu de la beauté que j’aime,
N’ay pour toucher ſon cœur eu recours qu’à vous-meſme ?



CORIOLAN.

Et ſi de voſtre amour j’eſtois le ſeul ſoûtien,
Pourquoy donc avez-vous deſeſperé le mien ?
Falloit-il par l’excez d’une rigueur nouvelle,
Me rendre des Romains la haine moins cruelle ?
S’ils ont juſqu’à ce jour perſecuté mes feux,
Vous m’eſtes plus contraire & plus barbare qu’eux.
Leurs coups tombant ſur moy reſpectoient Virgilie.
En me chaſſant de Rome ils ne l’ont point bannie :
Mais vous Tiran d’un cœur qui m’a donné ſa foy,
Vous n’aſſaſſinez qu’elle & n’épargnez que moy.
C’eſt elle qu’on bannit : elle que l’on m’arrache.
Je la ſuivray, Seigneur, je veux bien qu’on le ſçache.