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GAËTANA.

teur, que le propriétaire de cette villa n’est pas un banquier parvenu, mais un grand seigneur de la renaissance. Voici votre pourpoint, voilà mon feutre à panache, et ceci (Montrant sa canne), corpo di Bacco ! représente l’épée de mes pères ! Heureux les hommes d’imagination ! Ils ont des lunettes sur le nez qui leur teignent le monde en rose.


CAPRICANA.

Parbleu ! mon cher magistrat, je serais aveugle et demi si je voyais la nature en noir ! Le plus riche et le plus généreux des Napolitains nous ouvre ses jardins de Castellamare ; tout l’univers y est admis, à l’italienne, sans acception de rang ni de fortune ; la maîtresse de la maison, qui nous honore d’un peu d’amitié, embellit nos plaisirs par le charme de sa présence : je suis content, moi ! Voilà un été qui marquera dans ma vie !


MARTINOLI.

Vous aimez bien la tarentelle, n’est-il pas vrai ?


CAPRICANA.

Je l’adore ! surtout quand les paysans et les villageoises sont dans les costumes de leurs montagnes !


MARTINOLI.

Eh bien ! courez là-bas rejoindre ces dames et hâtez-vous de vous amuser !


CAPRICANA.

Pourquoi ?


MARTINOLI.

Parce que le baron del Grido revient aujourd’hui et qu’on ne dansera plus demain.


CAPRICANA.

Qu’est-ce à dire ?


MARTINOLI.

Je dis que dès demain ce beau parc, où la foule s’est promenée comme chez elle pendant trois mois, cessera d’être un lieu public ; qu’avant deux jours le maître du logis aura su éloigner non-seulement les indifférents, mais ses amis eux-mêmes ; et qu’il s’enfermera hermétiquement avec la belle Gaëtana pour goûter en tête-à-tête les douceurs de la lune de miel.