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GAËTANA.


MARTINOLI.

Il avait reçu une dépêche de New-York.


CAPRICANA.

Mais s’en aller après la messe ! est-ce la conduite d’un amoureux ?


MARTINOLI.

Oui.


CAPRICANA.

Parbleu ! vous me la donnez belle !


MARTINOLI.

Mon cher ami, del Grido s’est marié par amour, j’en suis sûr. C’est l’hiver dernier, aux fêtes de Noël, qu’il a remarqué Gaëtana dans l’église de son couvent. Il a fait des sacrifices énormes pour gagner le tuteur, « le confesseur[1], » la supérieure et tous ceux qui avaient quelque autorité sur l’esprit de la jeune fille. Gaëtana se fit longtemps prier ; elle est d’une famille où l’on a du caractère. L’âge et le veuvage du prétendant lui faisaient peur ; elle préférait, disait-elle, épouser le cloître. Le baron, impatient comme un vieillard à la poursuite de sa dernière fantaisie, parla, promit, donna, pressa, supplia, et fit si bien qu’il arracha le consentement de la petite. Maintenant, croyez-vous qu’un être positif comme le baron del Grido aurait fait toutes ces folies pour le plaisir d’adopter une enfant de seize ans ? Et vous semble-t-il qu’un homme si bien épris soit d’humeur à se marier pour les autres ?


CAPRICANA.

Mais un jaloux ne voyage pas ! Ou bien il emmène sa femme, ou du moins il l’enferme à la maison sous triples verrous !


MARTINOLI.

Le voyage du baron était plus nécessaire qu’il ne l’a dit. Une grande moitié de sa fortune se trouvait compromise ; la rapidité de son départ a tout sauvé. Il n’a pas emmené madame, parce que Gaëtana, avec sa petite tête de fer, avait refusé tout net. Il n’a pas eu recours aux verrous, parce que les verrous ont perdu

  1. Coupé par la commission d’examen.