Page:Abramowski - Les Bases psychologiques de la sociologie.djvu/18

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chimiques sont le substratum de toutes choses, l’attribut de la possibilité de la pensée reste toujours la condition indispensable, pour que le groupe, la combinaison, la synthèse de ces atomes devienne une existence positive, une existence appartenant au domaine de notre expérience.

Ce n’est cependant qu’un côté du principe — exprimé explicitement, qui implique nécessairement l’autre côté — inexprimé, de même que la direction « à droite » n’est possible qu’en face de son contraire : direction à gauche. — Le principe du phénomène, comme objet de la pensée, contient implicitement la notion du sujet pensant. — L’objet de la pensée est impossible sans son opposé — le sujet pensant, de même que le sujet pensant sans l’objet de la pensée, pourvu que nous restions dans le domaine des existences positives, des existences qui entrent dans notre expérience, dans la vie en général, sans nous aventurer dans la région mystérieuse de « pensée en soi », des idées existant en dehors de notre conscience, c’est-à-dire, des notions ne pouvant être pensées, dépourvues de tout contenu intuitif[1]. — Donc, en face de la valeur positive du phénomène, comme d’une chose aperçue, doit surgir sa valeur négative — ce qui aperçoit. En face de son caractère objectif, de la chose qui s’impose spontanément, surgit son caractère subjectif — la négation de toute chose, conditionnant nécessairement l’objectivité. — Tout phénomène présente donc, métaphoriquement, deux faces : objective et subjective. — Seule la première, étant objet de la pensée, est connaissable ; l’autre, étant ce qui conditionne l’objet de la pensée, ne peut pas l’être lui-même, est inconnaissable. La première est exclusivement chargée de tout l’appareil de la pensée, exige des preuves, des raisons ; l’autre, étant inaccessible à la connaissance, nie toute logique, est libre de toute loi obligatoire pour l’objectivité connaissable ; elle ne subit pas de formes de la connaissance, parce que c’est elle-même qui connaît ; elle n’a pas besoin de raisons, parce qu’elle est la raison même. C’est comme un œil « qui, voyant tout, ne peut pas se voir lui-même » ; la lumière, qui, puisqu’elle éclaire tout, n’a pas besoin de s’éclairer elle-même. Donc, toutes les lois et

  1. « En dehors de son rapport au sujet, l’objet cesse d’être objet, et si on lui enlève ce rapport ou si l’on en fait abstraction, on supprime du même coup toute existence objective. » (A. Schopenhauer, Quadruple racine du principe de la raison suffisante, trad. franç., p. 46).