Page:Abramowski - Les Bases psychologiques de la sociologie.djvu/47

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.

lement, un tout et non la somme de ses composants ». Dans une forme primitive, nous retrouvons déjà chez Kant la manière téléologique de considérer l’histoire (dans son traité : Idee zu einer allgemeinen Geschichte). — Le développement le plus complet du principe de la finalité, comme étant la clef de toutes les sciences sociales, fut accompli de nos jours par Jhering. Néanmoins, son exposé du principe est basé sur des fausses conceptions psychologiques. Pour Jhering, le cercle de la finalité est aussi large que celui de l’activité psychologique. Le principe de finalité, « pas d’action sans but », est aussi général pour le monde psychique, que le principe de causalité, « pas de fait sans cause », pour le monde des phénomènes physiques. Le mouvement d’une éponge qui s’imbibe d’eau est déterminé par une cause ; mais le mouvement d’un animal qui boit est suscité par une fin. Depuis les actions les plus simples jusqu’aux plus compliquées, la vie consiste en l’adaptation du monde extérieur aux besoins intérieurs. (Jhering, Zweck im Recht, I, 3-33 ; Bouglé, Sciences sociales en Allemagne, p. 104). La conception de la finalité comme étant un caractère du phénomène psychique en général, était peut-être la cause qui empêchait Jhering de voir l’essence propre des phénomènes sociaux, leur origine aperceptive. — Pour comprendre cela, il nous faut entrer quelque peu dans le domaine de la pure psychologie.

Conformément aux deux pôles : positif et négatif, l’objet aperçu et le sujet apercevant, deux côtés sans la coexistence desquels le phénomène est impossible, nous devons, dans la vie de notre conscience, dans les séries des phénomènes qui se déroulent devant nous, distinguer deux caractères de la conscience qui se complètent mutuellement : les caractères intuitif et aperceptif. Le caractère intuitif de la conscience se manifeste lorsque nous l’envisageons dans le rapport à l’acte même de la pensée. Considérée à ce point de vue, elle se présente à nous de son côté purement phénoménal, objectif, comme l’ensemble des données de l’expérience intérieure, existant indépendamment de l’effort de notre attention volontaire, et par conséquent, pouvant s’opposer à lui comme une certaine passivité objective, une certaine matière pour l’opération intellectuelle. Par contre, le caractère aperceptif de la conscience se manifeste, lorsque nous l’envisageons par rapport à tout ce que nous observons comme données dans notre expérience interne, et que nous nous tournons de cette manière vers son côté subjectif, qui ne donne aucune prise à la pensée, n’étant accessible pour notre connaissance