Page:Adam - La mésaventure, La Revue indépendante, Juin 1888.djvu/15

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ble perversité, le mâle échappait à ses lacs construits suivant les avis maternels et l’expérience de féminins atavismes.

Le papillon suprême cimier de son casque en tomba, un soir de douleur où elle cachait sa face de vaincue dans la grotte reposante de ses bras. Il tomba, s’émietta en mille parcelles brillantes qui reflétèrent la lune, verte et bleue, soudain montée sur les futaies du parc.

Alors la rétiaire vaincue immola définitivement ses espoirs. Dans une souffrance inlassable, elle attendit superbement la mort, d’une attitude préférée, les bras en croix, les yeux vers le ciel de laque rivé au plafond du boudoir, les chevilles pudiquement croisées ; en toilette de satin candide.

Parfois au miroir elle se donnait la bonne sensation du vertige devant les étangs profonds de ses yeux, les purs étangs drainés de toute ignorance et de toute concupiscence.

Les jours neigèrent, neigèrent en linceuls blancs. Maman conversait comme la pluie sur les toits.


IX


Un après-midi de thé, ses amies dirent des histoires macabres. Elles pressèrent Eva de payer écot à leur décaméron. Ô quoi de plus macabre que les noces siennes ! Sous des noms supposés, et dans l’amertume de sa mémoire, elle narra sa haine et les causes.

Et, comme on l’adula fort pour la malice du récit ; comme ses amies résonnaient des jais entrechoqués sur leurs poitrines soufflantes, Eva se consola, l’ayant DIT.


Paul Adam.