Page:Adam - Le Serpent noir (1905).djvu/163

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158 LE ssmmivr Nom l’eusse soupçonné de vouloir, par ce geste audacieux, révéler a madame Hélène comment il ehargeait l’en— fant d’une affection qu’il n’0sait offrir a la mere. En tout cas, il n’était pas une de leurs attitudes qui ne les convainquît. _ Rien ne me sembla moins sage que de construire une hypothese sur des bases aussi fragiles. Mon esprit, plutôt positif, se fût donné tort, si je n’av:1is, auparavant et maintes fois, constaté l’étrange accord survenu entre des intuitions apparemment chimé- riques et la réalité d’événements consécutifs. Encore embryonnaire, latente et souvent fallacieuse, dans l’état présent de la mentalité, notre faculté de prévi—« sion se révèle seulement, lorsque surgissent telaspect soudain des choses, telle attitude instantanée de cer- — taines personnes, en une seconde ou la destinée ins- crit la une évidence bien claire, mais impossible à démontrer selon les regles de notre pauvre logique. , Le lendemain, à mes questions, Mm Goulven répondit que son mari, peut—étre, se détachait un peu de leurs anciennes préférences pour le sol breton, pour ses annales, pour sa physionomie de jadis. Elle seule aimait encore les hennins des bonnes femmes, les vieilles façades en bois couvert d`ardoises angevines, les. statues ` naïves sculptées dans 'les pilastres de Quimper, les fileuses de quenouilles assises au seuil des maisons humbles, les moutons noirs, solitaires et rétifs dans les déserts de la lande, les mélancolies des refrains interminables où la mer dévore tant de gars, les ossements humains qui percent laverdure des cimetieres, et les cris de cette histoire farouche dont les échos rotentissent sur les