Page:Adam - Le Serpent noir (1905).djvu/71

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G6 LE SERPENT Nom vers la procession remise en marche. Les flots nous le enlacèrent, nous portèrent, tarabustèrent le chapeau de M"· Gilberte indignée, puis me séparèrent de ma- dame Hélène, m`étoufl”èrent et m’enlevèrent, me reje- tèrent vers la chasse ou l'àme de la race affluait dans un formidable appétit de miracle,l’appétit des vivants, ` celui des morts qui s’exaspérait par les cœurs, qui ` s’em—pressait par les membres de leur descendance éperdue. Sous le soleil de midi radieux, cette humanité fré- nétique se poussa vers l’église, aux sons de la musique, a l’ombre de ses bannières rouges, de ses bannieres blanches, de ses oriflammes, de ses croix d`argent et d’or. Un assaut terrible nous charria vers les colonnes du portail. Précipités en avant, pétris ' par ces mille bras, écrasés contre les flancs des femmes, creusés par les poings des enfants, suffoqués par les odeurs du linge rance et du drap humide, tantôt immergés entre les dos de colosses, tantôt émergeant par-dessus les épaules de pygmées, nous fûmes crachés comme l’écu1ne d’une vague sur le roc de la muraille, près de la porte enfin atteinte par la chasse brillante, les évêques bénissants, et les cuivres qui retentissaient. Nous fûmes avalés par la nef béante que le tumulte remplit. Les enfants pleu- — raient. Foulées, cognées et piétinées, les vieilles braillèrent de leurs pauvres bouches édentées, de leurs lèvres violâtres, sans qu’eût pitié l‘élan du peuple hagard. Avec la Bigoudine au nez de spara- drap, la face livide du docteur Le Guenn apparut, E près de sa femme pâle qui voulait voir aussi le pro- ggge éclater. là-bas dans l’ombre mangeant la flamme