Page:Adam - Souvenirs d’un musicien.djvu/188

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ment, et il est peu de matières qu’on n’ait essayé d’employer à sa confection. À la vente après décès de l’ancien et célèbre munitionnaire Séguin, on vit avec surprise une multitude de boîtes de violon de l’invention du défunt ; il y en avait en carton, en pâte, en pierre, en bois de toutes sortes : si l’asphalte avait été à la mode alors, il y en aurait certainement eu en bitume. Depuis longtemps on fait des archets en acier, et Séguin n’eût pas manqué d’en faire confectionner en fer galvanisé. La forme de ces boîtes n’était pas moins bizarre que leur matière : les unes étaient percées de trous comme une chaufferette, d’autres étaient carrées comme une souricière, cela ressemblait à tout ce qu’on voulait, rarement à un violon cependant ; mais il fallait bien leur donner ce nom-là, puisque Séguin les appelait ainsi, quand il vous en faisait l’exhibition.

Un Anglais qui assistait avec moi à cette vente, s’extasiait à la vue de ce musée grotesque d’un nouveau genre, et ma surprise ne fut pas petite, quand il demanda au commissaire-priseur, si parmi tous ces violons, il n’y en aurait pas au moins un en fer-blanc. Toutes les recherches furent inutiles, et l’on ne put en découvrir un seul de cette matière.

— J’en suis fâché, me dit l’Anglais, cela m’aurait peut-être fait gagner un bel instrument.

— Comment cela ?

— Ah ! me répondit-il, cela se rattache à l’histoire d’une autre vente ; à celle de Viotti, dont j’ai été l’un des plus grands admirateurs. J’aurais donné tout au monde pour posséder un des instruments dont il s’é-