Page:Adrienne Durville, Carnet de guerre 1914-1918 n°1.pdf/28

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Il pleut, impossible de faire sortir nos malades. Notre pauvre sergent enrage d’être couché ; il a pourtant la cuisse traversée d’une balle. Sa compagnie est celle qui depuis le commencement de la guerre a essuyé le plus terrible feu ; il ne reste que 98 hommes vivants et blessés sur 267. Tout le reste est mort, y compris le capitaine. Un des survivants est venu ce soir voir son sergent, c’est celui qui est resté le dernier, il a rapporté le sabre de son capitaine tué, un sabre allemand et un tambour qu’il n'a pas voulu abandonner. Ces deux hommes se sont embrassés, c’était impressionnant. Mme des L. m’a raconté cette scène que je regrette de ne pas avoir vue ; j’étais en face au couvent au salut pour l’Assomption.

Notre lieutenant de chasseurs est revenu chercher son soldat ; il nous a dit que les Allemands étaient partis ; ils se sont rembarqués dans des masses de trains filant sur Nancy, ce qui va augmenter leur force de ce côté là. Malheureusement, notre 7e corps trop éreinté par les derniers combats n’a pu les poursuivre ; il a fallu donner 48 heures de repos aux troupes, ce qui a mis le gal Pau en fureur ; ils ne pourront partir que demain.

Les nouvelles que l’on a ici du reste de la guerre sont assez bonnes, mais au fond, on ne sait rien.

Je reçois une lettre de Camille : le nom de Sénac prononcé par hasard amène une découverte curieuse : Mme des L. est amie d’enfance de Mme Chevignard et c’est chez sa tante, Mme de Bécherel qu’Auguste a couché à la Quérye en allant au mariage. Les Sénac et les des L. se sont rencontrés déjà plusieurs fois au bridge Chevignard.