Page:Affaire des déportés de la Martinique, 1824.djvu/196

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MÉMOIRE
À M. LE COMTE DE CHABROL,

NOUVEAU MINISTRE DE LA MARINE.


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Paris, 14 août 1824.

Un noble pair (M. le vicomte Lainé), en soutenant, dans la séance du 5 août, avec son éloquence accoutumée, les projets de colonisation tentés dans la Guyane, n’a pu se défendre d’un mouvement de sensibilité.

« Ce fut, dit-il, une terre coupable, quand elle servit à ces déportations dont le souvenir déchire le cœur. »

À votre Excellence est réservé l’honneur de sauver un jour à la France cette flétrissante qualification, qu’elle aura méritée à plus juste titre si, ayant le pouvoir de réparer une injustice et d’arrêter l’exécution d’une mesure illégale, elle continuait à garder le silence.

Au mois d’avril dernier, quarante-un hommes de couleur, reste de quarante-trois choisis parmi les négocians, propriétaires et artisans de la Martinique, qui ont donné des preuves multipliées de leur fidélité au Roi, de leur attachement à la métropole et de leur zèle pour le repos de la colonie, ont été amenés dans le port de Brest, arrachés qu’ils étaient à leurs affaires, à leurs foyers et à leurs familles, sans qu’on leur ait encore (chose inouïe dans les annales judiciaires des peuples civilisés) donné copie, ni même lecture de la décision qui prononce contre eux une si terrible peine.

Ils étaient soupçonnés et non pas convaincus de conspiration. — Pour confondre leurs calomniateurs,