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DE LA RÉVOLUTION DE 1848.

L’état financier de la ville était meilleur qu’on ne devait l’espérer en une telle crise. La banque, ayant fait spontanément une souscription considérable pour fonder un comptoir d’escompte, vint en aide aux maisons dont le crédit était menacé. On trouva sans peine assez d’ouvrage pour faire vivre les ouvriers dans un pays où les denrées sont à très-bas prix. La secousse commerciale et industrielle fut donc, comparativement à beaucoup d’autres points du territoire, fort peu ressentie à Bordeaux.

M. Latrade, avant d’avoir pu se faire connaître à la population bordelaise par aucun acte administratif, fut signalé par les partis royalistes comme un révolutionnaire de 93. On sema le bruit, on affirma qu’il venait établir la guillotine sur la place publique. Ces propos trouvèrent des oreilles crédules ; on s’ameuta dans les rues ; un rassemblement entoura la préfecture en menaçant de mort le commissaire. M. Latrade n’essaya pas de résister à l’émeute. Quelques amis l’aidèrent à s’évader par les toits, le cachèrent dans une maison particulière et le firent partir le lendemain matin pour Paris. M. Clément Thomas, l’un des rédacteurs du National, le remplaça et parvint sans de grands efforts à calmer une agitation qui n’avait rien de sérieux. Rappelé à Paris par sa nomination au grade de colonel d’une légion de la garde nationale, il fut remplacé à son tour par M. Henri Ducos, qui présida aux élections.

Les hostilités entre la garde nationale et les commissaires se produisirent dans plusieurs autres départements et partout restèrent impunies, parce que M. Ledru-Rollin, quand on lui faisait connaître les maladresses politiques de ses agents, les blâmait et les désavouait. D’ailleurs, les pouvoirs illimités qu’il leur avait conférés ne pouvaient, en cas de résistance, se faire obéir qu’au moyen de la garde nationale ; du moment que la garde nationale se tournait contre les commissaires, il n’y avait plus d’autre recours que l’appel aux passions ultra-révolutionnaires, le gouvernement des clubs, la terreur. Je crois avoir montré