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DE LA RÉVOLUTION DE 1848.

M. de Ségur d’Aguesseau, après avoir proclamé son inaltérable dévouement à la république, déclare que la forme monarchique a fini son temps ; « elle est désormais, dit-il, convaincue d’impuissance pour satisfaire aux nécessités sociales de la démocratie triomphante. »

M. Baroche se vante d’avoir été des cinquante-quatre membres qui, devançant de quelques heures la justice du peuple, ont proposé la mise en accusation d’un ministère odieux et coupable.

M. Dupin croit qu’il n’y a plus de monarchie possible et qu’il est de son devoir social de se rallier franchement à la seule forme qui désormais puisse conjurer les malheurs publics[1].

Que pouvaient souhaiter de mieux les républicains, et même les socialistes, que de voir leurs adversaires, sans aucune contrainte, spontanément, librement, se compromettre par des professions de foi si exagérées ; s’engager envers la République, s’exposer, en cas de rétractation et de palinodie, à une confusion, à un abaissement moral funestes à la cause royaliste ?

S’il y avait dans ce fait un indice fâcheux pour la moralité et la dignité des classes élevées de la société, les démocrates, en tant qu’hommes de parti, n’avaient pas à s’en plaindre : tout au contraire.

Laissant à Dieu le soin de scruter les consciences et de sonder les cœurs, ils devaient, en bonne politique, accueillir ces démonstrations et les tenir pour sincères. Ne pouvant d’ailleurs, l’eussent-ils voulu, exclure de l’Assemblée la majorité du pays qui n’était pas républicaine par principes, qu’avaient-ils de mieux à faire que d’engager autant que possible ces républicains du fait accompli, de les envelopper, pour ainsi parler, et de les entraîner dans le mouvement révolutionnaire contre lequel ils n’avaient pas la force de protester ?

  1. Voir pour plus de facilité toutes ces professions de foi réunies dans le numéro de la Presse du 25 février 1851.