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DE LA RÉVOLUTION DE 1848.

encore plus fort qu’elle, et ne doutait pas qu’il ne fût indispensable au pays. M. Garnier-Pagès se flattait qu’en livrant aux colères de la droite MM. Albert, Louis Blanc, et peut-être même M. de Lamartine, dont la mise en accusation ne paraissait pas invraisemblable, lui et ses amis apaiseraient la droite ; enfin, M. Ledru-Rollin, ne voyant dans tout ce qui se passait qu’une intrigue de M. Marrast, acceptait le défi et bravait l’attaque.

On en vint bientôt dans ces pourparlers à des personnalités, à des paroles aigres. M. Marrast, qui avait hésité beaucoup jusque-là à se séparer de ses anciens collègues du gouvernement provisoire, voyant qu’il n’obtiendrait rien par négociation, résolut de rompre ouvertement, afin de ne pas compromettre plus longtemps avec eux sa position dans l’Assemblée. S’étant entendu sur ce point avec M. Senard, désigné comme le successeur probable de M. Buchez ; il fit décider, dans la réunion du Palais-National, que l’on pousserait à une enquête politique sur le 15 mai. Cette enquête ne devait avoir en apparence pour principal objet que la conduite de MM. Louis Blanc et Caussidière, mais on espérait bien atteindre jusqu’à MM. Ledru-Rollin et de Lamartine et dissoudre de cette façon la commission exécutive. M. Marrast crut habilement préparer l’attaque en confiant sous le secret, à un très-grand nombre de personnes, qu’il avait vu M. Louis Blanc, le 15 mai, à l’Hôtel de Ville, et qu’il avait, lui-même, favorisé son évasion. Puis MM. Portalis et Landrin demandèrent à l’Assemblée l’autorisation d’exercer des poursuites contre M. Louis Blanc, prévenu, disait le réquisitoire, d’avoir pris part à l’envahissement et à l’oppression de l’Assemblée, ce qui constituait le crime d’attentat ayant pour but soit de détruire, soit de changer le gouvernement.

M. Louis Blanc parla avec beaucoup d’éloquence contre les conclusions du réquisitoire. « La voix des passions tombera, dit-il, la voix de l’histoire retentira un jour ; elle fera justice de tous ces mensonges, de toutes ces imputations

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