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HISTOIRE

Saint-Jean et derrière l’église ; la mairie du neuvième arrondissement et les rues environnantes sont reconquises pied à pied. La troupe, qui fait des pertes énormes, s’abat et se décourage ; un grand nombre de gardes mobiles disparaissent ; les cartouches manquent. Le colonel Renaut et son régiment donnent l’exemple d’une bravoure intrépide et font là des prodiges de valeur. M. Marrast, qui en est témoin, se rend auprès du général Cavaignac et rapporte à Renaut les épaulettes de général. Comme il le retrouve à peu de distance du lieu où il l’a quitté, faisant le siège d’une barricade très-forte, élevée devant l’église Saint-Paul, il lui demande la permission de lui attacher lui-même les épaulettes de son nouveau grade : « Vous allez voir comment je les gagne, » lui dit Renaut. Un quart d’heure après la barricade était enlevée ; mais Renaut recevait, à dix pas de M. Marrast, une balle en pleine poitrine[1].

Presque au même moment le général Duvivier est atteint d’un coup de feu au pied[2]. Informé de ce malheur, le général Cavaignac offre le commandement de la colonne de renfort, qu’il envoie au faubourg Saint-Antoine, au général Baraguay-d’Hilliers ; mais celui-ci l’ayant refusé avec

  1. Le bruit se répandit, au moment même, que le général Renaut mourait de la main d’un prisonnier auquel il venait de sauver la vie. On raconta que ce malheureux, arraché par le général à la fureur des gardes mobiles, s’était avancé vers lui comme pour le remercier, et que, tirant de dessous sa blouse un pistolet qu’il y tenait caché, il l’avait étendu mort à ses pieds.
  2. Le général Duvivier mourut, le 8 juillet, des suites de cette blessure qu’on avait jugée légère. Jusqu’à sa dernière heure, il se montra très-vivement préoccupé du sort des insurgés qu’il avait combattus. « Ces pauvres ouvriers, disait-il, ils ont besoin d’être contenus, mais il faudra faire quelque chose pour eux ; il faut leur donner du travail ; il faut que la main de la patrie s’ouvre. » Ainsi que je l’ai déjà fait remarquer, ces sentiments d’humanité dominaient alors dans tous les cœurs ; pas un des officiers supérieurs qui combattirent l’insurrection de juin n’oublia, tout en accomplissant son devoir de soldat, qu’il était citoyen et qu’il combattait des hommes dignes de compassion plutôt que de haine.