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HISTOIRE

ne s’expliquent plus par le caprice du sort ; les héros même ne sauraient plus nous intéresser si l’on ne sait nous montrer en eux l’expression vivante d’un temps et le génie d’un peuple.

C’est ce genre d’intérêt et d’instruction sévère, mais supérieure, qu’offre à un haut degré, selon moi, la révolution de 1848. Le mouvement général des idées y est tout ; la valeur relative et passagère de certains hommes que ce mouvement amène au premier rang y est peu de chose. Nous l’avons vu dans la popularité si instantanée et si vite évanouie de M. de Lamartine ; l’élévation et la chute du général Cavaignac en seront un nouvel exemple ; plus tard, l’exemple deviendra plus frappant encore dans la fortune prodigieuse du nom de Louis Bonaparte.

Il n’est presque personne en France qui ne crût, après l’insurrection de juin, le gouvernement républicain raffermi pour un long espace de temps. En voyant l’Assemblée nationale et le général Cavaignac, en parfait accord d’intentions, préparer ce gouvernement régulier, ce pouvoir constitutionnel après lequel chacun soupirait, on ne mettait plus guère en doute la possibilité de combiner, dans des institutions durables, la liberté et l’autorité dont on éprouvait un égal besoin.

La force mutuelle que se prêtaient en ce moment le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif en paraissait un présage certain ; toutes les difficultés de la situation politique semblaient aplanies. Le socialisme et ses exigences outrées pour longtemps hors de cause ; la majorité républicaine dans l’Assemblée, désormais confiante dans ses propres forces, mais disposée à suivre l’impulsion du chef qu’elle s’est donné ; les partis royalistes réduits, une seconde, fois, par la grandeur de l’événement, à feindre l’acquiescement à la République ; l’armée rétablie dans Paris ; des généraux victorieux qui ne réclament rien, après le péril de l’honneur du succès et se rangent avec déférence derrière celui auquel ils commandaient encore la veille ; la révolution,