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HISTOIRE

ligue présidée par le pape et de procéder aux réformes intérieures en ajournant indéfiniment la guerre contre l’Autriche.

Le gouvernement autrichien se réjouit de la retraite du ministère Mamiani comme d’un succès inespéré. Quand la nouvelle lui en arriva, il commençait à peine à se remettre de la frayeur extrême que la révolution survenue à la fois dans tous les États de l’empire lui avait causée.

Jamais, en effet, la maison d’Autriche n’avait été plus voisine de sa perte. Jamais la possibilité, la nécessité d’un démembrement de ses possessions n’avait paru plus imminente.

Pendant que la Lombardie se révoltait à main armée et rompait violemment ses chaînes, la Hongrie, par la seule force du droit historique invoqué avec constance et fermeté, obtenait une constitution indépendante et des libertés qui devaient, en peu de temps, la conduire à une régénération complète. En Bohême, quatre millions de Tchèques, qu’un mouvement de nationalité, purement littéraire à son origine[1], mais devenu insensiblement politique, soulève contre la domination des Allemands, rêvent de former avec les Serbes et les Croates un empire slave dont Prague serait la capitale. Ils convoquent, en opposition avec l’assemblée allemande de Francfort, une assemblée qui doit réunir les représentants de toutes les provinces de la race slave.

À peu près dans le même temps, l’assemblée de Francfort, réunie le 18 mai sous la présidence de M. de Gagern, chef du parti constitutionnel dans le sud de l’Allemagne, déclare qu’elle se reconnaît le droit et la mission de constituer l’unité de l’empire germanique.

  1. Le manuscrit d’un poëme ossianique, en langue Tchèque, découvert en 1826 par l’écrivain Hanka, fut l’origine de ce mouvement, protégé d’abord par le gouvernement autrichien et secrètement favorisé par la Russie, dans un système de domination politique auquel on a donné le nom de Panslavisme.