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HISTOIRE

Cavaignac et d’empêcher à tout prix ou tout au moins de retarder indéfiniment l’entrée des troupes françaises en Italie. Elle y réussit. La médiation de l’Angleterre acceptée par le général Cavaignac, les lenteurs inévitables des correspondances diplomatiques entre Vienne, Londres, Turin et Paris, achèvent ce que la campagne si mal conduite par Charles-Albert et la capitulation de Milan ont déjà déplorablement compromis. L’opinion publique en France, bien que très-attiédie et peu disposée à la guerre, se montrait cependant encore assez favorable aux Italiens. L’Assemblée nationale en avait tout récemment donné la preuve en rappelant, dans une de ses précédentes séances, le vote du 24 mai, par lequel elle imposait à la commission exécutive un programme de politique étrangère qu’elle résumait ainsi : Pacte fraternel avec l’Allemagne, reconstitution de la Pologne indépendante, affranchissement de l’Italie.

Si le général Cavaignac eût voulu exercer sur l’Assemblée l’influence qu’il lui convenait de prendre en une telle occasion, elle n’aurait pas reculé devant l’intervention. Dans le conseil des ministres, le général Lamoricière, ministre de la guerre, et M. Bastide, ministre des affaires étrangères, se prononçaient, l’un, avec une vivacité extrême, le second, avec une grande persistance, pour que l’on secourût Venise. Un moment, celui-ci, croyant l’avoir emporté sur les résistances du ministre des finances et sur les scrupules du chef du pouvoir exécutif, annonçait au consul de France à Venise le départ de quatre bâtiments à vapeur, portant une brigade de trois mille hommes sous les ordres du général Mollière, et il expédiait à Marseille un aide de camp du général Lamoricière pour présider à l’embarquement. D’après les instructions qui étaient transmises à cet égard, le duc d’Harcourt croyait également pouvoir écrire à Manin : « Tenez bon jusqu’à l’arrivée des Français, et c’est par vous que viendra le salut de l’Italie. » Mais malheureusement des considérations d’une prudence méticuleuse, auxquelles l’esprit du général Cavaignac était trop