Page:Agoult - Histoire de la révolution de 1848, tome 2.djvu/575

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
571
DOCUMENTS HISTORIQUES.

il ? Il faut se garder de donner à telle ou telle réunion d’ouvriers désirant s’associer un appui aveugle et inconditionnel ; il faut leur bien faire entendre qu’il ne s’agit pas de ressusciter les corporations, de revenir au régime des jurandes et des maîtrises ; il faut mettre pour condition, aux secours qu’on leur donnera, l’obligation par eux, de tenir ouvertes à ceux du dehors les portes de leur association, une fois formée, de telle sorte qu’elle aille toujours s’agrandissant : résultat facile à obtenir par la création d’un fonds social au moyen d’une retenue annuelle sur les bénéfices, et par l’application de ce fonds à l’élargissement graduel du cercle primitivement tracé. Ajoutez à cela l’organisation de rapports fraternels entre les diverses associations ; et alors, au lieu d’une société qui ne fait que tourner sur elle-même, vous aurez une société qui avance. Quand l’État donne une concession de chemin de fer, quand il autorise le creusement d’un canal ou l’exploitation d’une mine, est-ce que la concession ou l’autorisation n’est pas toujours conditionnelle ? Est-ce qu’elle n’est pas subordonnée à l’acceptation de certaines clauses stipulées dans l’intérêt général ? Eh bien, il en doit être de même quand l’État offre d’aider par des avances une association d’ouvriers. Comme son motif en cela est, non de favoriser quelques intérêts individuels aux dépens des autres, mais de pousser à la réalisation d’une grande expérience sociale, il doit stipuler aussi dans l’intérêt général ; il doit mettre un prix à la protection qu’il accorde, et ce prix doit se rapporter à l’amélioration morale et physique de la classe ouvrière tout entière, comme dans une concession de chemins de fer, de canaux, de mines, le prix attaché à la concession se rapporte à des considérations d’intérêt général. Ce n’est point du tout là entrer dans un système d’associations forcées, car on ne force personne à accepter le régime d’association si cela ne lui convient pas ; mais c’est mettre à une faveur, une condition qui l’empêche d’être un privilége. Libre à vous de vous associer ou de ne pas vous associer ; mais, si désirant vous associer, vous voulez de notre appui, nous ne le dormons qu’à des conditions calculées de manière à le rendre fructueux pour tous ; car c’est en vue du bien de tous que nous le donnons. Qu’y a-t-il là qui justifie l’emploi du mot association forcée. Autant vaudrait dire qu’une compagnie de chemin de fer est une compagnie forcée parce qu’elle a à se soumettre à un cahier des charges ! »

Telle fut là question débattue. Si MM. Goudchaux, Marie, Corbon, Garnier-Pagès, ne furent pas de mon avis, ce fut précisément à cause de la portée qu’avait ma façon d’envisager les choses. Ils voulaient un petit semblant de palliatif où je voulais un remède ; ils voulaient montrer de la bonne volonté aux classes ouvrières où je voulais travailler en grand à leur émancipation. Voilà le point sur lequel nous ne nous entendîmes pas. Mais, ce que M. Garnier-Pagès a oublié de dire, c’est qu’il y avait dans cette réunion un certain nombre d’ouvriers, et qu’à l’exception de ceux que le National avait enrégimentés par l’atelier et M. Corbon, tous les ouvriers présents furent pour moi.