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DOCUMENTS HISTORIQUES.


XVIII

DÉPOSITION DE M. DE GUISE, CHIRURGIEN EN CHEF DE LA GARDE NATIONALE.


(11 juillet 1848.)


« J’ai vu un grand nombre de blessés dont les blessures sont fort graves. Toutes les balles que j’ai extraites ne présentent rien d’anormal, quelques-unes sont déformées, d’autres sont perforées, et au milieu on a introduit des substances blanchâtres. Je n’ai pas vu de balles ayant une forme particulière ou mâchée. »

M. de Guise emporte plusieurs balles et cartouches pour examiner les formes particulières qu’elles pourraient avoir et reconnaître les substances dans lesquelles elles auraient pu être trempées.

M. de Guise reprend :

« J’ai été chargé par M. le général Changarnier d’une mission analogue aux désirs de vos questions, sur l’état ou la forme des balles qui ont été extraites du corps des blessés par mes différents collègues des hôpitaux et des ambulances. Je n’ai pu encore accomplir cette mission, dont je vous rendrai compte dès qu’elle sera terminée.

« J’attribue la gravité des blessures que je vous ai signalée à la proximité des coups de feu. Ainsi, il y a à l’ambulance des Tuileries un insurgé qui a eu la cuisse traversée par un coup de baïonnette, suivi immédiatement du coup de feu.

« J’ai reconnu que les insurgés s’étaient servis de toute espèce de projectiles, tels que billes, aiguilles, pincettes, etc., dont la portée est moins grande.

« J’ai examiné le caveau dans lequel sont placés les insurgés aux Tuileries, et j’ai reconnu les dangers de l’état sanitaire de cette agglomération d’individus et de morts, par suite de l’ordre qu’avaient les gardes nationaux de tirer sur ceux qui ébranleraient les barreaux des fenêtres. J’en ai fait un rapport au général commandant Poncelet, qui en a fait, dès ce soir même, extraire une grande partie.

« C’est à cette occasion qu’il faut rattacher le déplorable événement de la place du Carrousel.

« La mortalité, par suite des blessures reçues en juin, est hors de proportion avec ce qui a lieu ordinairement. Comme je l’ai déjà dit, il faut attribuer cette gravité des blessures qui ont entraîné la mort à la proximité des coups portés, qui cassaient les membres en les traversant.

« Cette mortalité se remarque surtout chez les blessés dont on a différé l’amputation. »