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HISTOIRE

vouement dont nos mœurs avaient depuis longtemps effacé jusqu’au souvenir dans les âmes. Le pays, d’ailleurs, eût-on voulu le pousser à la guerre civile pour un motif purement politique, non-seulement n’aurait pas répondu à l’appel, mais ne l’aurait pas même compris. Sous ce rapport, la France si diverse de traditions et de coutumes, si variée d’opinions, si inégale dans la culture intellectuelle et le bien-être matériel, était possédée d’un seul esprit. La prépondérance des intérêts positifs sur les sentiments et les croyances était universelle. Or, depuis 1789, les deux intérêts de la France, l’agriculture et l’industrie, ne relevaient plus que d’eux-mêmes. Le sillon et le métier, également affranchis, ne recevaient plus d’en haut la fertilité ou le mouvement. La démocratie, qui ne se montrait pas encore à découvert dans l’établissement politique, avait pris racine dans le sol ; elle dominait les mœurs ; et, bien que ce caractère nouveau de la nation ne lui fût pas encore complétement, révélé à elle-même, il était trop prononcé déjà pour qu’il fût possible de lui donner le change et d’entraîner les populations, même les plus ignorantes, à combattre la République, c’est-à-dire le gouvernement le plus conforme aux principes et aux intérêts de la démocratie.

Cependant, malgré ce caractère démocratique des mœurs nouvelles, les particularités originelles et traditionnelles, les conditions de sol et de climat, la nature des travaux, imprimaient aux provinces du nord ou du midi, du centre, de l’est ou de l’ouest, une physionomie individuelle ; les commissaires du gouvernement rencontrèrent des difficultés locales suivant qu’ils furent envoyés à des populations plus ou moins en rapport avec Paris, plus ou moins en proie surtout à la crise économique qui, depuis le commencement du siècle, allait menaçant et désolant chaque jour davantage la production industrielle et agricole. Le caractère et la réputation des commissaires, le respect qu’ils surent inspirer, eurent aussi une part notable dans l’accueil que reçut en leur personne la Républi-