Page:Aimard - Curumilla, 1860.djvu/233

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subissant malgré lui l’influence du milieu dans lequel il se trouvait, il commença d’abord à fredonner doucement, puis, sans s’en apercevoir lui-même, à chanter à pleine voix ce couplet du romance qui avait un certain rapport avec sa position actuelle :

Amada enemiga mia,
De España segunda Elena ;
O ¡ si yo naciera ciego !
O ¡ tú sin beldad nacieras !
Maldito sea el punto y hora
Que al mundo me dió mi estrella ;
Pechos que me dieron leche
Mejor sepulcro me dieran.
Pagara…[1].

— Au diable le hibou qui chante à cette heure ! s’écria une voix rude en interrompant net le virtuose ; a-t-on jamais vu faire un semblable charivari ?

Don Cornelio regarda autour de lui. La nuit était profonde ; un grand homme sec à la mine narquoise et aux moustaches relevées en croc, l’examinait l’œil railleur en frappant sur une formidable rapière :

— Eh ! eh ! fit l’Espagnol sans se décontenancer, c’est vous, capitaine ? Que faites-vous donc là ?

— Je vous attends, Christo !

— Eh bien, me voilà.

— Ce n’est pas malheureux ; quand partons-nous ?

— Tout est changé.

— Hein ?

— Conduisez-moi d’abord à votre campement, puis je vous expliquerai tout cela.

  1. Ennemie que j’adore, d’Espagne seconde Hélène, oh ! si j’étais
    né aveuglé, ou que tu fusées née sans beauté, maudit soit le
    jour et l’heure où mon étoile m’a fait naître : Soins qui m’ont
    nourri, mieux valait me donner la mort. Je paierais…