Page:Aimard - La Loi de Lynch, 1859.djvu/125

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Ellen, attentive, suivait les mouvements du bandit, que la fièvre plongeait dans une espèce de somnolence et qui parfois tressaillait en poussant des cris inarticulés et jetant autour de lui des regards effarés.

Vers le soir, le bandit rouvrit les yeux et sembla se ranimer ; ses yeux étaient moins hagards, sa parole moins brève.

— Merci, enfant, lui dit-il, vous êtes une bonne créature ; où sommes-nous ici ?

— Je l’ignore, mon père, cette forêt est immense ; je vous le répète, c’est Dieu qui m’a guidée vers vous.

— Non, vous vous trompez, Ellen, répondit-il avec ce sourire sarcastique dont il avait l’habitude ; ce n’est pas Dieu qui vous a conduite ici ; c’est le démon, qui craignait de perdre un ami aussi dévoué que moi.

— Ne parlez pas ainsi, mon père, dit la jeune fille avec tristesse ; la nuit arrive rapidement, les ténèbres ne tarderont pas à nous envelopper ; laissez-moi au contraire prier pour que Dieu éloigne de nous pendant l’obscurité les dangers qui nous menacent.

— Enfant ! une nuit au fond des bois vous effraye-t-elle donc à ce point, nous dont toute la vie s’est écoulée au désert ? Allumez un feu de branches sèches pour éloigner les bêtes fauves, et placez près de moi mes pistolets ; ces précautions vaudront mieux, croyez-moi, que vos prières inutiles.

— Ne blasphémez pas, mon père, répondit vivement la jeune fille ; vous êtes blessé, presque mourant ; moi je suis faible et incapable de vous secourir efficacement ; notre existence est entre les mains de celui dont vous niez vainement la puissance ; lui seul, s’il le veut, peut nous sauver.