Page:Aimard - La Loi de Lynch, 1859.djvu/186

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— Compadre, dit-il, un dernier mot, ou, si vous le préférez, un dernier conseil.

— Quoi encore ? fit le Cèdre-Rouge avec un mouvement nerveux.

— Veillez sur Ellen.

— Hein ? s’écria-t-il en bondissant comme une panthère et saisissant Fray Ambrosio par le bras, qu’as-tu dit, moine ?

— J’ai dit, reprit l’autre d’une voix ferme et accentuée, que c’est par Ellen que vos ennemis veulent vous punir, et que, si ce missionnaire maudit a jusqu’ici paru vous protéger, c’est qu’il craignait que cette victime qu’il convoite ne lui échappât.

À ces paroles terribles, un changement affreux s’opéra dans la personne du Cèdre-Rouge ; une pâleur livide couvrit son visage, son corps fut agité d’un frémissement convulsif.

— Oh ! s’écria-t-il avec un rugissement de tigre, qu’ils y viennent donc !

Le moine lança un regard de triomphe à ses compagnons. Il avait réussi et tenait sa proie palpitante entre ses mains.

— Venez, continua le Cèdre-Rouge, venez, ne m’abandonnez pas, by God ! Nous écraserons cette rare de vipères ! Ah ! ils croient me tenir, ajouta-t-il avec un rire nerveux qui lui déchira la gorge ; je leur montrerai que le vieux lion n’est pas vaincu encore ! Je puis compter sur vous, n’est-ce pas, mes enfants ? n’est-ce pas, Fray Ambrosio ?

— Nous sommes vos seuls amis, fit le moine, vous le savez bien.

— C’est vrai, reprit-il. Pardonnez-moi de l’avoir oublié un instant. Ah ! vous verrez, vous verrez !