Page:Aimard - La Loi de Lynch, 1859.djvu/293

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un but qu’il ne comprenait pas, et pour des intérêts qui n’étaient pas les siens.

Aussi maugréait-il contre son père, contre Fray Ambrosio et contre lui-même, de s’être ainsi fourré dans un guêpier d’où il ne savait comment sortir.

La dernière recommandation du Cèdre-Rouge était inutile ; Nathan ne se souciait nullement de laisser découvrir ses traces ; il usait de tous les moyens que son intelligence lui suggérait pour les cacher aux regards les plus clairvoyants, ne faisant un pas qu’après s’être bien convaincu que la trace du précédent avait disparu.

Après de mûres réflexions, il avait ainsi résumé ses pensées :

— Ma foi, tant pis pour eux, chacun pour soi ! Si je perds ma chevelure, ils ne me la rendront pas. Je veux donc la défendre de mon mieux ; qu’ils fassent comme ils pourront : quant à moi, je dois chercher à me tirer d’affaire comme je le pourrai.

Ces quelques paroles prononcées à voix haute, suivant l’habitude des gens accoutumés à vivre seuls, Nathan avait fait ce mouvement imperceptible des épaules qui, dans toutes les langues, signifie : Arrive que pourra ! Et après avoir minutieusement visité le canon et la batterie de son rifle, il s’était remis en route.

Les Européens, habitués aux horizons du vieux monde, aux routes macadamisées bordées de riantes maisons et parcourues sans cesse dans tous les sens, ne pourront, même approximativement, se faire une idée juste de la position d’un homme seul dans cet océan de verdure nommé le Far West, se sentant surveillé par des regards invisibles et se sachant traqué comme une bête fauve.