Page:Aimard - La Loi de Lynch, 1859.djvu/389

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tres au-dessus d’eux, ils aperçurent une énorme masse noire qui se balançait nonchalamment.

— Eh ! fit Valentin, qu’est-ce là ?

— Un ours, répondit Curumilla.

— En effet, dit don Pablo, c’est un magnifique ours noir.

— Tirons-lui un coup de fusil, dit don Miguel.

— Gardez-vous-en bien, s’écria vivement don Pablo, un coup de feu peut donner l’éveil et avertir ceux que nous cherchons de l’endroit où nous sommes.

— Je voudrais pourtant bien m’en emparer, objecta Valentin, ne serait-ce que pour sa fourrure.

— Non, dit péremptoirement l’Unicorne qui jusque-là avait gardé le silence ; les ours sont les bons cousins de ma famille.

— Alors, c’est différent, fit le chasseur en dissimulant avec peine un sourire ironique.

Les Indiens des prairies, nous pensons l’avoir dit déjà, sont excessivement superstitieux. Entre autres croyances, ils ont celle de se croire issus de certains animaux qu’ils traitent de parents et pour lesquels ils professent un profond respect ; ce qui ne les empêche nullement de les tuer dans l’occasion lorsque, ce qui leur arrive souvent, ils sont pressés par la famine ; mais on doit rendre cette justice aux Indiens, qu’ils ne se portent jamais à cette extrémité envers leurs susdits parents sans leur en demander mille fois pardon et leur avoir d’abord expliqué que la faim seule les obligeait à avoir recours à ce moyen extrême pour soutenir leur vie.

L’Unicorne n’avait nullement besoin de vivres en ce moment, son camp regorgeait de provisions ; aussi