Page:Aimard - La Loi de Lynch, 1859.djvu/391

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— Voulez-vous franchement mon avis ?

— Oui, que mon frère parle ; c’est un grand chasseur, sa science est immense.

— Non, je ne suis qu’un ignorant, mais j’ai étudié avec soin les habitudes des fauves.

— Eh bien ! demanda don Miguel, votre opinion est que cet ours…

— Est le Cèdre-Rouge ou un de ses fils, interrompit vivement Valentin.

— Qui vous le fait supposer ?

— Ceci d’abord : à cette heure les fauves sont à l’abreuvoir, mais en supposant même que celui-ci y fût déjà allé, ne savez-vous pas que tous les animaux fuient devant l’homme ; celui-ci, ébloui par l’éclat des lumières, effrayé par les cris qu’il a entendus dans la forêt ordinairement silencieuse, aurait dû, s’il avait suivi son instinct, chercher à se sauver, ce qui lui était extrêmement facile, au lieu de se mettre insoucieusement à danser devant nous, à près de cent pieds en l’air ; d’autant plus que l’ours est un animal trop prudent et trop égoïste pour confier ainsi étourdiment sa chère et précieuse personne à des branches aussi faibles que celles sur lesquelles il se tenait en équilibre ; aussi plus j’y réfléchis, plus je suis persuadé que cet animal est un homme.

Les chasseurs et l’Unicorne lui-même, qui avait écouté avec la plus grande attention les paroles de Valentin, furent frappés de la vérité de ses observations ; mille détails qui leur avaient échappé se présentaient maintenant à leur mémoire et venaient corroborer les soupçons du Français.

— C’est possible, fit don Miguel, et pour ma part je ne serais pas éloigné de le croire.